Editoriaux - 9 janvier 2016

Pour notre frère « Charlie »

Ainsi, le 5 janvier de cette nouvelle année, des plaques de rue ont été dévoilées, portant les noms de victimes d’attentats qu’il est convenu de désigner « terrorisme islamique », tout en nous prévenant, avec insistance, qu’ils n’ont aucun lien avec l’islam, au nom de la sacrée sainte loi dénommée « pas d’amalgame ». Pour autant que nous ayons bien compris, deux de ces plaques concernaient des personnes dont le seul tort était de se trouver là où elles étaient à un fort mauvais moment. Il n’en est pas de même pour la troisième plaque se rapportant au personnel d’un journal, dit « satirique », du nom de Charlie Hebdo.

Notons ici que l’une des définitions du mot « satire » est donnée par ce dictionnaire renommé, issu du siècle dit des Lumières, le Littré, comme signifiant « enclin à la médisance »… mais là n’est pas le sujet de notre propos.

Cette plaque, dédiée aux victimes de ce journal, dit satirique, entendait tout particulièrement être un hommage rendu à la « liberté d’expression », dont il nous a été rappelé qu’elle était « une des valeurs de la République française ». Il importait effectivement de nous le préciser, car les multiples exemples qui nous sont, quasi journellement, présentés de plaintes et condamnations faisant suite à des propos oraux ou verbaux pouvaient jusqu’alors nous faire douter de la validité de cette valeur…

Notons ensuite que ces dernières victimes n’étaient pas, là où elles étaient, par le fait de simples courses à effectuer comme cela était le cas pour celles des deux autres plaques. Elles étaient là pour leur travail, lequel était de produire des « satires », dont elles se glorifiaient et vivaient, satires qui amusaient certains, en consternaient d’autres et – c’est là que se trouvait le grain de sable motivant le drame – rendaient furieux certains, blessés dans leur croyance jusqu’au point de devenir criminels.

Certes, la sentence est disproportionnée au regard de la cause, mais elle devrait nous rappeler qu’en ce monde, est sage celui qui redoute le fou, et qu’on ne peut se plaindre des maux que l’on provoque. Charlie a-t-il retenu la leçon ?

Oui, Charlie a bien retenu la leçon. Qu’on en juge par le dessin en couverture de sa dernière parution : Dieu, la tunique ensanglantée, porteur d’une coiffe symbolisant – on le suppose – la Trinité, porteur d’une kalachnikov en bandoulière, le visage rageur, fuyant. Le tout titré : « L’assassin court toujours. »

Exit Mahomet, qui fut pourtant la cause première de l’ire des criminels !

Bien sûr, l’esquive est bonne, le Dieu trinitaire, c’est bien connu, même de ses négateurs, peut être bafoué, moqué, insulté, blasphémé, ses adorateurs ne sont pas des sauvages, on ne peut rien craindre des chrétiens !

Belle démonstration de couardise s’il en est !