Editoriaux - Politique - 15 janvier 2019

Pour la France, pas d’états généraux, seulement un grand débat national !

Donc, un grand débat national. LE grand débat national. Passons sur les jeux de mots faciles et pas chers : grand dégât national ou encore grand déballage national que sera peut-être, du reste, ce grand débat. Un débat, ça ne mange pas de pain. Un côté AG de copropriétaires verrouillée à l’avance par le syndic. En l’occurrence, le syndic (pas encore « de faillite ») s’appelle Emmanuel Macron.

Un ami me faisait remarquer : mais pourquoi donc ont-ils appelé cela « grand débat » et pas « états généraux » ? C’est vrai, ça aurait eu de la gueule. D’autant que des états généraux, on nous en pond sur tous les sujets, au point que cela vaudrait le coup d’organiser un état général des états généraux. Tout le monde y va de ses états généraux. De belles occasions de colloques, symposiums, tables rondes où la montagne accouche, sous anesthésie générale, d’une souris.

L’état, d’abord. Récemment, nous avons eu les états généraux de l’alimentation. EGalim est le joli acronyme trouvé pour cette assemblée des parties prenantes de l’alimentation. Une idée de prénom que l’officier d’état civil ne devrait pas pouvoir refuser pour un petit garçon, par exemple. Lancés en 2017 par Emmanuel Macron, ces états généraux accouchèrent, en 2018, de la loi Alimentation. En novembre dernier, Périco Légasse, sur Marianne, signait une tribune incendiaire titrée « États généraux de l’alimentation : la grosse arnaque du quinquennat ». On n’avait pas encore tout vu… Et le journaliste et critique gastronomique de dénoncer une loi qui permettrait à la grande distribution de « continuer son racket ».

On pourrait aussi évoquer les états généraux de la bioéthique. C’est une loi de 2011 qui les a institutionnalisés et leur organisation est confiée au Comité consultatif national d’éthique (CCNE), une instance qui déplorait, en janvier 2018, que ces états généraux soient « fortement monopolisés par des associations militantes et pas assez par des citoyens lambda », rapportait alors franceinfo, qui pointait la surreprésentation des militants catholiques. Pénibles, ces militants qui s’intéressent aux questions éthiques ! Anne Lorne, conseillère régionale LR d’Auvergne-Rhône-Alpes, avait qualifié de « cirque » le débat organisé « en local », comme on dit. « Aucun débat, questions biaisées, postulat de la loi déjà engagée, animateur débordé, salle largement opposée et donc brimée »… On dirait une description de la France face à Macron en cet hiver 2019 ! Donnez-nous votre avis, il fera l’objet de toute l’attention qu’il mérite…

Mais des états généraux, vous en avez sur bien d’autres sujets : sur les nouvelles régulations numériques, sur la robotique, sur la recherche comptable, etc. Et puis, il y a les états généraux organisés par les collectivités territoriales, les églises, les associations. Ceux sur les migrations, par exemple, sont organisés par un collectif d’associations plus ou moins subventionnées par nos impôts et qui ont pour but, évidemment, de « faire reculer les politiques antimigratoires ». Plus ludique, on trouvera les états généraux de la bande dessinée, etc. Bref, il y en a pour tous les goûts, tous les secteurs et activités de la société.

Mais pas d’états généraux sur le sujet de l’état général de la France. Non, plus modestement et peut-être plus prudemment, Emmanuel Macron convoque la nation à un « grand débat ». Il est vrai que le dernier chef d’État qui en appela au pays pour trouver des solutions aux problèmes de la France, c’est Louis XVI.

Sa lettre, pas moins bien écrite que celle de Macron, en date du 24 janvier 1789 commençait ainsi : « Nous avons besoin du concours de nos fidèles sujets pour nous aider à surmonter toutes les difficultés où nous nous trouvons relativement à l’état de nos finances, et pour établir, suivant nos vœux, un ordre constant et invariable dans toutes les parties du gouvernement qui intéressent le bonheur de nos sujets et la prospérité de notre royaume. »

On sait comment tout cela se termina…

À lire aussi

Christophe Castaner peut dire ouf : la France n’a pas été condamnée par le Parlement européen !

Une motion de principe, en quelque sorte, histoire de se faire plaisir, quoi ! En gros, c'…