Editoriaux - Société - 14 mars 2019

Porte-jarretelles, strings et… hijab : Etam baisse la culotte ?

Soutiens-gorge noirs, rouges, en corbeille ou en bandeau, petites culottes, strings, porte-jarretelles, nuisettes, déshabillés, tops satinés, kimonos imprimés. Et de la dentelle, encore de la dentelle, toujours de la dentelle, et je ne vous parle pas des maillots de bain… Le catalogue de lingerie de la marque Etam est une douce invitation au voyage fantasmatique. Au rayon « Accessoires, écharpes, foulards et chapeaux », comme le nom l’indique, des écharpes, des foulards (que les jeunes modèles portent autour du cou…) et des chapeaux. Pas de hijab. Il est vrai qu’un foulard imprimé est un hijab en devenir.

C’est donc dans cet abominable univers « d’invitation à la débauche » et « d’impudeur féminine » qu’une jeune femme s’est présentée avec son CV dans la main et son hijab sur la tête. Un peu comme si une jeune femme venait postuler pour être chaisière à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, montée sur ses talons de 15, mini-jupée et nombril endiamanté apparent. On s’demande, des fois… Cela s’est passé à Montpellier. La responsable du magasin Etam aurait refoulé vigoureusement la postulante en lui déclarant : « Non, mais, vous n’êtes pas sérieuse. Vous êtes voilée et vous me demandez un travail ! » Oumaima – c’est le nom de l’aspirante-vendeuse de petites culottes – en a eu les larmes aux yeux, rapporte Le Figaro. L’affaire est alors partie en sucette, comme dirait Annie. Oumaima a publié une vidéo, vue près de 160.000 fois, vidéo dans laquelle elle en appelle au boycott de la marque Etam et ce, évidemment, avec le soutien de l’incontournable CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France). On se demande, d’ailleurs, comment ce boycott n’a pas été demandé plus tôt avec un tel catalogue : exhiber ainsi tant de femmes, non seulement non voilées, mais très dévoilées… Des menaces à peine voilées, elles, ont alors commencé à se répandre sur les réseaux sociaux : « Il faut qu’on y aille avec plusieurs personnes. » Réaction de la journaliste Zineb El Rhazoui : « La marque @etam_france victime d’une intimidation du lobby pro-voile. Comme ça a foiré chez @Decathlon, les militants du voile tentent leur coup ailleurs. Pendant ce temps, #NasrinSotoudeh* est condamnée à 38 ans de prison et 148 coups de fouet. » Ou encore : « Pour les islamistes, c’est l’embauche ou le boycott. »

La marque a donc réagi, excuses et tout, annonçant qu’elle avait mis à pied la responsable de la boutique « à titre conservatoire ». Les mauvais esprits diront que si l’on veut vendre des petites culottes, il faut savoir de temps en temps baisser la sienne.

Notons qu’après les propos approximatifs d’Emmanuel Macron sur le port du voile dans l’entreprise, il y a deux semaines, à Pessac, certains peuvent se sentir pousser des ailes. Certes, les paroles de la responsable de la boutique de Montpellier (si elle a bien prononcé les mots qui lui sont reprochés) sont peut-être maladroites. En effet, il eût été sans doute plus diplomate d’attirer l’attention de la candidate sur le fait que le règlement intérieur de la maison proscrit (si c’est le cas) le port du voile pour les collaborateurs en contact avec la clientèle. Mais on peut ne pas exclure, aussi, une part de provocation dans la démarche de la jeune fille. Celle-ci fait part, sur Twitter, des difficultés de « vivre en France avec le hijab ». De même qu’il ne doit pas être facile, pour une expatriée, de vivre avec ce même hijab en certains pays musulmans, serions-nous tentés de lui répondre.

À Rome, fais comme la Romaine… Une question : le port du voile s’accommode-t-il de celui d’une petite culotte en dentelle ? Comme au bon vieux temps de la France des Barbouzes et de Mireille Darc…

* avocate iranienne qui vient d’être condamnée dans son pays pour « incitation à la débauche », selon la déclaration de son mari.

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