Editoriaux - International - Politique - Rencontres - Table - 10 janvier 2018

Politique étrangère : Macron, l’anti-Trump

J’ai eu le bonheur de faire une conférence à Toulouse organisée par Passeurs d’Espérance et d’échanger sur la compréhension, l’écoute, le silence et leur caractère paradoxalement nécessaire à la parole.

Nous avons été amenés à évoquer les affaires internationales et j’ai résumé mon point de vue à ce sujet en déclarant que, depuis l’élection d’Emmanuel Macron, la France était de retour. Je ne sais comment, le parallèle entre notre Président et Donald Trump s’est imposé dans notre discussion et j’ai repris une idée qui m’était chère et que j’avais explicitée dans le livre où je faisais monologuer notre Président.

Il me semble que sa grande force est d’avoir sinon inventé une politique internationale du moins usé exclusivement d’une diplomatie de l’empathie très originale puisqu’il l’a appliquée à toutes ses rencontres de haut niveau, que ce soit avec Donald Trump, Poutine, Erdoğan ou actuellement en Chine. Elle était très singulière parce qu’elle ne se contentait pas « d’embrasser » pour, selon la formule classique, étouffer, ce qui n’aurait pas représenté une rupture décisive. Mais il embrassait pour mieux se faire entendre, se faire comprendre et, d’une certaine manière, faire jouer à la France à la fois un rôle d’acteur et de confident.

Il ne surestime pas non plus l’influence de notre pays puisqu’il craint que, pour la Chine notamment, la partie soit perdue pour rééquilibrer les relations (L’Obs)

Cette diplomatie toute d’empathie, de séduction et de considération – personne ne discute plus sa volonté de dialoguer avec toutes les nations, recommandables ou non, dès lors que l’échange, pour la France, pour l’Europe et le monde, pourra être salutaire – en même temps n’est pas exclusive d’une forme de franchise publiquement exprimée, voire d’une brutalité dans l’affirmation des désaccords, que l’hypocrisie des rapports entre États n’avait jamais privilégiée. Une politesse, une empathie sachant être roides et rudes. Du réalisme, une touche peut-être de cynisme. La naïveté l’a épargné. Un mélange rare, une alliance inédite.

Emmanuel Macron, à l’évidence, sait ce qu’est une politique étrangère.

Mon rapprochement avec Donald Trump n’était pas incongru, même si ce dernier cultive plutôt une politique étrange.

Les deux fois où le président américain a été invité en France par le nôtre, celui-ci a poussé au paroxysme cet art de l’apaisement, cette volonté de respect, ce désir de ne pas éloigner davantage son imprévisible partenaire-contradicteur du cercle de la raison ordinaire. Son attitude ne visait qu’à le retenir, l’empêcher encore davantage d’être mû par des forces centrifuges qui s’aggravaient, comme il est normal en psychologie, quand on est sans cesse houspillé et moqué. Et il ne s’est pas passé de jour, depuis, où Donald Trump, profondément humilié malgré ses tweets arrogants et maladroits, n’ait pas justifié rétrospectivement la tentative apparemment infructueuse du Président français.

Donald Trump est fou parce qu’il se prend pour un génie et que sa seule ambition paraît être de démontrer que sa subjectivité doit avoir le pas sur tout et sur tous. Plus gravement, peut-être, de détruire le lendemain ce que, miraculeusement la veille, il avait pu laisser entrevoir d’équilibré et de lucide ou ce que ses collaborateurs avaient réussi à arracher au désordre et à la confusion.

Donald Trump menace quand Emmanuel Macron embrasse. Mais le premier menace à tort et à travers et il faut vraiment être l’un de ses inconditionnels pour suggérer que le chef sanguinaire et imprévisible de la Corée du Nord a été poussé au dialogue avec la Corée du Sud grâce à son affrontement avec Donald Trump alternant chaud, froid puis chaud encore… Chacun, infantile, se vantant de son bouton nucléaire !

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Le président américain jouit de mettre, par chacune de ses foucades, le monde au bord du gouffre tandis qu’Emmanuel Macron n’aspire, au contraire, qu’à le maintenir à peu près tranquille.

Cette posture erratique de Donald Trump sur le plan international occulte totalement les bons résultats de sa politique économique, fiscale et sociale. C’est inévitable.

Donald Trump et Emmanuel Macron disent ce qu’ils pensent. Mais les tweets de l’un sont aux antipodes de la stratégie réfléchie de l’autre.

Auquel des deux ressemblera l’année 2018 ?

Extrait de : Justice au Singulier