Editoriaux - International - Politique - Table - 24 octobre 2013

Politique d’Obama et politique de Leonarda…

Alors que François Hollande se ridiculise, et avec lui la France, dans la pathétique « affaire » Leonarda, Barack Obama met tout en œuvre afin de conserver ce qui demeure du leadership mondial américain. Ce qui passe, alors que la fin de son second mandat arrive à grands pas, par un redoutable activisme diplomatique.

Déjà, le dossier iranien est en passe d’être réglé. Israël tousse, mais cela importe de moins en moins à la Maison-Blanche, tant les relations sont de plus en plus exécrables avec Tel Aviv. Certes, le couple israélo-américain a longtemps prêté le flanc à nombre de fantasmes – couple infernal dont on se demandait si c’était le chien qui promenait son maître ou le contraire –, mais les impératifs géostratégiques américains ne sont désormais plus en Méditerranée, ni même dans l’océan Atlantique, enjeu majeur du début du siècle dernier ; mais aujourd’hui dans un océan Pacifique qui risque, dans les années à venir, de bien mal porter son nom car c’est là qu’est la Chine, puissance émergente et ennemi de demain qu’il faut au moins tenter d’affaiblir.

Dans cette région du monde, tout risque encore de se jouer en Afghanistan, dans cette zone où s’affrontent Russie et Chine, Inde et Pakistan. Terre éminemment stratégique en matière d’approvisionnement énergétique – c’est là que doivent passer oléoducs et gazoducs –, que les USA tiennent à maintenir sous leur coupe, même si leur tentative d’invasion est un échec patent. Après tout, comment les Américains auraient-ils pu réussir là ou Anglais et Soviétiques ont échoué ?

Après la chute de l’URSS, les USA ont eu les mains libres dix ans durant, bail renouvelé grâce aux attentats du 11 septembre 2001 sur lesquels ils ont grassement capitalisé. Aujourd’hui, c’est la fin de l’état de grâce. Et, plus que jamais, il leur faut trouver de nouveaux alliés ou renouer avec les anciens. En Afghanistan, rien ne peut se passer sans le Pakistan. Et avec le Pakistan, rien ne peut se passer sans la puissante Inde. Ainsi est-il fort intéressant d’observer ces deux faits, quasiment concomitants.

Le 29 septembre, les Premiers ministres pakistanais et indien se faisaient publiquement photographier en marge d’une réunion de l’ONU, assurant qu’ils allaient faire baisser la pression au Cachemire, province disputée entre ces deux puissances nucléaires, depuis la partition imposée par les Anglais en 1947.

Et ce 20 octobre, c’est le secrétaire d’État américain John Kerry, qui se trouve en visite officielle à Islamabad, la capitale pakistanaise. Visite qui n’a rien d’anodin, puisque longue de quatre jours, avec à la clef une aide de 1,162 milliard de dollars… Versée au nom de quoi ? Au nom de la lutte « antiterroriste », c’est-à-dire la lutte contre ces talibans que les Américains et les Pakistanais ont naguère sciemment installés au pouvoir. Pour les USA, il s’agissait déjà d’enjeux énergétiques, les talibans en question ayant signé des contrats prometteurs en matière de pipelines, avant de se rétracter plus tard.

Bien sûr, tout cela tient aussi du jeu de dupes. Ceux que l’on nomme talibans ne sont pas des « terroristes », mais des résistants à une énième occupation étrangère. Ils sont majoritairement pachtouns, cette ethnie dont les tribus sont chez elles au Pakistan comme en Afghanistan. Ce qui n’empêche pas les Américains, avec leurs drones, de les éliminer dans un pays ou dans l’autre, au prix d’innombrables victimes civiles « collatérales ». D’où le récent attentat contre une église, sorte de réplique du berger à la bergère. Cette guerre de lâches a donc un prix : 1,162 milliard de dollars, précisément. Le prix du sang, comme on dit là-bas.

À ce rapprochement, on peut apporter plusieurs explications. Retisser les liens avec l’Iran chiite n’a pu que froisser l’allié saoudien et sunnite. Mais cet allié n’est qu’à moitié fiable : régime qui ne tient que par la coercition et qui, même s’il prétend lutter contre le terrorisme, en est l’un des principaux financiers ; dans la fine équipe des Twin Towers, les Saoudiens étaient d’ailleurs largement majoritaires. Pour autant, l’allié pakistanais alternatif n’est guère plus solide. L’ISI, les puissants services pakistanais, eux aussi luttent d’une main contre les terroristes tout en les soutenant de l’autre. Mais au moins semblent-ils avoir cet avantage vis-à-vis de la Maison-Blanche : leur hostilité à l’Inde et à la Russie, l’actuel cauchemar des analystes de la CIA.

La martingale américaine – pour fragile qu’elle soit – a, elle au moins, un sens en matière de géostratégie. Alors que nous, en France…

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