PMA-GPA

PMA : entre ses convictions et Macron, Édouard Philippe choisit Macron

 

« P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non » : s’il est vrai que les Normands sont toujours hésitants, notre Premier ministre Édouard Philippe, lors de « L’Émission politique » de jeudi soir sur France 2, a bien confirmé qu’il était normand. Évoquant l’extension de la PMA aux femmes lesbiennes ou célibataires, il a tenu un langage aussi ambigu que les oracles de la Pythie – à cela près qu’il n’est pas entré en transes. Personne n’a compris s’il y est ou non favorable.

En 2013, en plein débat sur le mariage pour tous, il avait cosigné avec Nathalie Kosciusko-Morizet une tribune dans laquelle il exprimait son opposition résolue à la PMA pour les couples homosexuels, ainsi qu’à la GPA « qui, au nom de l’égalité, ne manque[rait] pas d’être réclamée par la suite ». Depuis, il a changé d’avis : il a « évolué » sur cette question.

Tout en émettant des réserves : « Je ne dis pas, encore une fois, que c’est bien. Mais je vois ce que ça suscite, je vois ce que ça permet. Je ne vois pas ce que ça enlève mais je suis tout à fait prêt à en discuter. » C’est fou ce qu’il réfléchit et comme il a évolué depuis qu’il s’est mis au service d’Emmanuel Macron ! Sur la PMA et, plus généralement, sur les questions d’éthique : il « s’interroge », il « chemine à [son] rythme ».

Sans lui faire de procès d’intention, cette position n’est guère convaincante. Pourquoi ne pas simplement reconnaître que l’élargissement de la PMA est inscrit dans les engagements du Président, qu’il doit bien la mettre en œuvre puisqu’il est Premier ministre ? Serait-il, par hasard, opportuniste ? Sans doute est-il plus honorable de dire qu’on évolue que de reconnaître qu’on adapte ses convictions à la conjoncture politique du moment.

Il avait bien des difficultés à répondre aux arguments que lui présentait Jacques Testart, le concepteur du premier bébé-éprouvette français, en 1982. Ce scientifique, qu’on ne peut soupçonner d’être un « réactionnaire », a beau dénoncer le principe du « droit à l’enfant », expliquer les conséquences de la privation d’un père, le risque de marchandisation du sperme si la demande s’accroît, les dérives possibles vers l’eugénisme, rien n’y fait : Édouard Philippe reste énigmatique comme le Sphinx, condamnant sans condamner, approuvant sans approuver.

Une seule chose est certaine : il ne contestera pas son maître qui, pendant sa campagne, a annoncé sa méthode. Dans une interview à La Croix, il avait déclaré que les questions éthiques « [n’étaient] pas prioritaires sur le plan de l’action politique ». Pour la PMA, comme pour l’euthanasie ou le suicide assisté. Ajoutant que « le rôle d’un président de la République est de donner un cadre aux débats sur ces sujets et de s’assurer que la société mûrit ».

C’est à peu près ce qu’a répété Édouard Philippe, jeudi soir. Attendons que l’opinion soit prête pour légiférer ! De l’éthique, il s’en lave les mains.

Pourtant, la droite « réactionnaire » n’est pas la seule à s’interroger. Récemment, Charlie Hebdo a émis de sérieuses objections à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, estimant que la revendiquer au nom de la justice sociale ou défendre le droit « à produire un enfant » est parfaitement absurde. On veut « promouvoir une société où un gosse, c’est comme une Rolex, si on n’en a pas un à 40 ans, c’est qu’on a raté sa vie », poursuit l’hebdomadaire satirique.

Édouard Philippe a, paraît-il, du mal à exister : l’image qu’il a donnée de lui, jeudi soir, n’est guère à son avantage.

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