Editoriaux - Société - Sport - 14 septembre 2018

Plan vélo : le gouvernement perd les pédales !

Alors que la planification gaullo-communiste n’est plus qu’un vilain gros mot, les plans se multiplient. À chacun son plan. Bon ou mauvais, tel qu’on dit. Après la pauvreté, la bicyclette. Voici donc le « Plan vélo ». Il est cosigné par le Premier ministre Édouard Philippe et l’ancien patron de l’Assemblée nationale, François de Rugy, pédalant ici de concert.

Ce plan est audacieux, digne des enjeux du millénaire tout juste commençant : « Notre objectif est de passer de 3 %, ce qui n’est quand même pas beaucoup, à 9 %, d’ici 2024. » Voilà qui est chiffré ; sérieux, donc. Chiffres dont s’empare d’ailleurs Le Figaro de ce vendredi : « Le vélo ne représente que 3 % des modes de déplacement dans l’Hexagone, contre 26 % aux Pays-Bas ou 10 % en Allemagne. » Il y a, effectivement, urgence, sachant que nous ne sommes pas plus bêtes que nos voisins d’Europe du Nord qui, eux, n’ont même pas été fichus d’être la patrie de Raymond Poulidor. C’est dire le niveau.

Et le binôme Philippe/de Rugy de poursuivre : « Pour respecter la qualité de la vie, pour être à la hauteur des enjeux de la transition écologique, pour des questions de santé, développer l’utilisation du vélo – pas forcer mais encourager l’utilisation du vélo –, c’est prioritaire. » Logique, sachant que, pour les gouvernements qui se suivent et se ressemblent, tout est « prioritaire ». La lutte contre le cancer et le racisme, la pauvreté et l’homophobie, le bizutage et le chômage. Aujourd’hui, c’est le vélo qu’ils ont à l’esprit. Parce qu’ils en ont un dans la tête ?

Dans « l’ancien monde », les technocrates répondaient en trois points. Dans le « nouveau » – inflation oblige ? –, le « Plan vélo » se décline en vingt-cinq mesures. Que nos lecteurs voltairiens nous pardonnent à l’avance, il n’en sera cité ici que quelques-unes. La première consistera donc à rénover, sur sept ans, nos belles routes de France afin d’y aménager des pistes cyclables, « des ponts et des tunnels » au niveau des « rocades et des échangeurs autoroutiers ». Ce, pour le modeste coût estimé à 350 millions d’euros.

Si l’État est censé indemniser les courageux fonctionnaires se rendant au turbin en chantant comme Yves Montand, c’est-à-dire « à bicyclette », les patrons, grands ou petits, devront également mettre la main à la poche en défrayant, de manière plus ou moins obligatoire, les salariés qui en mettraient eux aussi un coup sur la pédale. Au moment où les employeurs sont chargés – impôt à la source oblige – de calculer les impôts de leurs employés, il y a effectivement de quoi les perdre, les pédales.

Mais le vélo, c’est comme le théorème de Pythagore, ça ne s’oublie pas, à condition, toutefois, de l’avoir appris tout minot. Ainsi, nos petits princes – et surtout nos petites reines – devront en faire l’apprentissage dès le plus jeune âge. Un journaliste de L’Express, qui devait être plus fort en deux roues qu’en français, nous révèle ainsi : « Pour inculquer la culture du vélo à nos enfants, chaque élève entrant en sixième devra savoir rouler en vélo en autonomie. »

« En autonomie »… L’usage de ce mot relèverait-il du lapsus involontaire ? Car ces lois qui se suivent et se ressemblent, qui visent à donner toujours plus « d’autonomie » à nos compatriotes, ceux qui attendent leurs cheveux et ceux qui les ont perdus, ne viseraient-elles pas à justement nous en faire perdre, de l’autonomie ? Surtout quand elles entendent nous dire comment parler ou quoi penser, choisir à notre place ce qu’il faut lire ou regarder, définir pour qui il convient de voter, nous intimer nos menus quotidiens, à coups de fruits, de légumes et de gymnastique. Il y a des jours où l’homme du commun aimerait probablement être un peu plus libre et un peu moins « autonome ».

En pleine croisade MeToo, il paraît qu’il faut être consentant.e. Oserait-on ajouter qu’il en va du vélocipède comme de la drague : si je veux, quand je veux ? Oui.

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