Le pire débat de la Ve République… pour l’art oratoire, mais pas pour l’amusement !

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Hier se tenait le traditionnel exercice dialectique de la Ve République depuis que la télévision a invité Mitterrand et Giscard chez le populo moyen, dans la chaleur de l’âtre familial. Bien évidemment, l’époque a changé, les protagonistes aussi, et nous avons troqué Giscard pour un banquier Rothschild et Mitterrand pour la fille de Jean-Marie Le Pen. Et nous appelons ça le changement (soupir)…

La grande blonde, montée sur talons et ressort, a tout de suite sorti les crocs et son sourire carnassier (surtout pendant les plans de coupe) laissait présager le sort funeste pour la gazelle morte de peur en face (surtout pendant les plans de coupe). Et ça n’a pas manqué : dès l’introduction, la lionne saute sur la gazelle et la dévore. Si bien que, osant une stratégie pour le moins risquée, la lionne oublie complètement de parler de son propre programme économique.

Erreur ? À voir. Depuis janvier, son programme économique est détruit en bloc par les partisans de l’Union européenne et elle n’a jamais su leur tenir la dragée très haute sur ce sujet (une de ses erreurs de premier tour). Aller sur le terrain d’Emmanuel Macron, le ramener sans cesse à François Hollande était sans doute la meilleure technique à adopter dès lors… Elle l’a parfaitement fait ! 

Du début à la Fin, la blonde de Montretout a sans cesse assailli son adversaire jusqu’à écœurement (en fonction des téléspectateurs, de 10 à 120 minutes). Si bien que le Français, d’un naturel bon et câlin, aurait presque de la peine pour le pauvre petit banquier d’affaires qui subit autant d’outrages. Les commentaires fusent devant la télévision : « Elle est méchante ! Elle ne joue pas la bonne carte ! Qu’elle arrête de l’attaquer comme ça ! Qu’elle parle de son programme ! » Ou alors mon préféré : « C’est un débat, il faut qu’il soit respectueux ! » Pas forcément… Le débat est avant tout une joute et si l’on doit utiliser des procédés malhonnêtes pour arriver à ses fins, autant le faire. C’est un art qui ne contient pas de tricheries objectives puisqu’il n’a pour règles que celles que les candidats se fixent. 

Macron a décidé sciemment d’orienter sa campagne sur la mémoire de la Shoah et le spectre du retour du nazisme. Campagne ô combien immonde salissant ceux qu’il vise et ceux qu’il invoque ! Il n’est, dès lors, pas étonnant de voir Marine Le Pen lui coller la trempe de ses beaux jours lors de son introduction et sur l’ensemble du débat. Tout ceci pour dire que les arguments infâmes et infamants ont été introduits dès le début de la campagne de deuxième tour : le débat devait tourner au pugilat parce que c’est le combat qu’ont décidé de se livrer ces adversaires depuis le début. 

Les journalistes, spécialistes et experts – qui expertisent, donc – nous rappellent que c’est sans doute le pire débat de la Ve République. Sans doute au niveau de l’art oratoire des deux protagonistes… Mais pas au niveau de l’amusement ! Au bout d’un moment, il s’agit quand même de politique, ils ne sont pas là pour se cajoler ! Et c’est tout le problème du Français : quand c’est mou, c’est trop mou, quand c’est violent, c’est trop violent ! 

Attaques, contre-attaques, piques personnelles et politiques, il y a eu un vrai affrontement énervé et violent qui trouve toute sa place dans la France moderne et en colère : ce n’est pas fin, pas élégant, brutal… La guerre, quoi !

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