Les pillages… Nous maîtrisons la situation, qu’ils disaient !

Ancien officier de Gendarmerie

Diplômé de criminologie et de criminalistique

 

« Tout va très bien, nous maîtrisons la situation ! » Combien de fois avons-nous déjà entendu ce genre de phrase, surtout quand les événements n’étaient pas maîtrisés.

Elle vient de nouveau d’être prononcée par le ministre des Outre-mer, celui de l’Intérieur, et relayé en Guadeloupe par le général de gendarmerie « gérant » le dispositif de sécurité de Saint-Martin. Certes, son but est de rassurer la population mais quand, à une question du Parisien, il répond :

« Depuis vendredi après-midi, il n’y a plus de scènes de pillage telles qu’on a pu en voir. Cela n’empêche pas qu’il y ait des vols et de la délinquance […]. Mais notre maillage a permis de casser la dynamique de dégradation de la sécurité. »

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Permettez-moi, Mon Général, d’être sceptique et de sommer l’État de dire la vérité au vu des nombreux témoignages oraux ou recueillis sur Facebook ou par téléphone.

Ainsi, La Dépêche du Midi, que l’on ne savait pas si honnête, a donné la parole à Isabelle, médecin, toulousaine de naissance, vivant à Saint-Martin depuis 25 ans et actuellement en vacances à Toulouse. Depuis hier, elle est paniquée, elle craint pour la vie de son mari et de son fils, restés sur l’île antillaise. Elle raconte, au bord des larmes :

« Mon mari et mon fils sont en danger de mort, comme une grande partie de la population. C’est la guerre civile, là-bas. On entend parler, dans les médias, de pilleurs qui ont dévalisé les magasins… mais on est bien loin de la réalité. Des bandes de voyous ont en effet dévalisé le bâtiment des douanes et ont volé le stock d’armes qui s’y trouvait. Depuis jeudi soir, ils sillonnent l’île masqués, cagoulés et s’attaquent aux maisons encore debout dans lesquelles les habitants se sont réfugiés. […] ça tire autour de notre maison dans laquelle ma famille est barricadée avec six amis qui sont chez nous parce que leur villa a été détruite […]. Ils disent que les agresseurs circulent par bande de dix […] et sont prêts à tirer pour récupérer de la nourriture ou de l’argent. »

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Elle n’est pas seule à exprimer ses craintes. Sur les réseaux sociaux, d’autres résidents de l’île racontent que ces gangs défoncent les portes des maisons et disent : « Dehors, les Blancs. » Sandrine témoigne sur Facebook :

« J’ai fait le tour de l’île. C’est la désolation. Personne n’a été épargné… c’est la jungle ! Que fait l’État ? Du côté hollandais il y a des militaires, maréchaussée, police à chaque coin de rue ! Ici, côté français, les pilleurs remplissent des bus entiers de tout ce qu’ils trouvent, des chariots remplis de jouets, machines à laver, ils se disputent sur qui va voler quoi ! Des animaux, on se croirait au marché de Noël ! »

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Anne, ancien avocat, établie depuis 4 ans sur Saint-Martin et qui y a ouvert deux hôtels, s’insurge :

« C’est une honte […]. Dans la partie néerlandaise de l’île, l’armée a sécurisé la ville mais côté français, on attend toujours les militaires et les secours. On est rentré en catastrophe en métropole parce qu’on a un bébé […]. Un de nos hôtels a été rasé par l’ouragan. L’autre est encore debout et nos amis s’y sont réfugiés. On a réussi à les joindre, ils sont terrorisés. Ils nous ont décrit des scènes de braquage. Il faut absolument que le gouvernement nous envoie l’armée de toute urgence. »

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Tous ces dires sont corroborés par le reportage du journal de ce samedi de France 3, où l’on voit des habitants apeurés essayant de quitter l’île. Là aussi, ce sont surtout des Blancs qui attendent d’hypothétiques hélicoptères. Des familles entières sont là, les femmes pleurent et les enfants crient. Mais la consigne est claire, comme l’explique un médecin des pompiers : « Nous n’évacuons pas les familles… Un cyclone arrive ce soir, allez vous protéger. » Ou, pour le dire autrement : Débrouillez-vous !

Pourquoi l’État n’a-t-il pas prépositionné à Saint-Martin, avant le cyclone, des hommes du 33e RIMA stationnés en Guadeloupe et Martinique ? Un problème budgétaire, peut-être ?

À force de parler météo et réchauffement climatique, on en avait oublié que notre société, en métropole comme en outre-mer, est minée de tensions communautaires qui deviennent explosives dès que la situation devient exceptionnelle.

Diplômé de criminologie et de criminalistique

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