L’immortelle et la ministricule

Professeur de philosophie
 

Madame Hélène Carrère d’Encausse a pris fermement position contre la mise en œuvre pour le moins tardive d’une réforme de l’orthographe dont elle a démenti qu’elle ait été approuvée par l’Académie française, dont elle est secrétaire perpétuelle. Le ministre de l’Éducation nationale n’avait alors pas réagi. Normal, dira-t-on : elle avait affirmé qu’elle n’y était pour rien, que cette décision était celle des éditeurs de manuels scolaires.

Mais l’historienne ne s’est pas arrêtée là. Elle a également mis en cause le niveau déplorable des élèves français et la catastrophe, pour l’école, qu’est la réforme du collège portée par le ministricule. Ce faisant, elle ne fait que rappeler la position de l’Académie, dont nous avions signalé le caractère exceptionnel.

C’en était trop pour la Belkacem. Que des professeurs quasi unanimes dénoncent la réforme, peu importe : ce ne sont que des profs. Que des intellectuels soulignent ses dangers, soit : ce ne sont que de « pseudo-intellectuels ». Qu’une grande partie des parents s’en inquiètent, bof : depuis quand les parents ont-ils leur mot à dire dans l’éducation de leurs enfants ? Mais qu’une institution prestigieuse, fondée par Richelieu (peu porté sur les valeurs républicaines), s’en prenne à SA réforme : ça suffit !

Qu’on le sache bien, c’est elle le ministre, elle a raison quoi qu’il arrive. D’ailleurs François le lui a dit. Et si ça continue, elle va se rouler par terre en hurlant.

Car se permettre d’écrire, comme elle vient de le faire, à la secrétaire perpétuelle de l’Académie française pour « s’étonner » de son rejet de la réforme de l’orthographe, c’est être comme une petit fille insolente qui trépigne parce qu’on lui refuse son dernier caprice. Quand on a aussi peu de titre à être ministre de l’Éducation, on s’incline devant une institution séculaire qui compte parmi ses membres plus de gloires intellectuelles que n’en comptera jamais le Parti socialiste.

Mais ce qui manque à madame Vallaud-Belkacem, outre l’humilité, c’est la profondeur française qui lui ferait sentir combien sa démarche est incongrue face à l’institution qui représente par excellence la culture française. Il ne s’agit pas de lui reprocher de ne pas être « de souche ». Alain Finkielkraut, le plus récent immortel à être entré sous la Coupole, n’est pas de souche non plus. Ses parents et lui-même sont nés polonais. Mais ils ont accueilli la culture française, il l’a aimée et se l’est appropriée, sans renier la sienne. Cette profondeur française que son hérédité n’avait pu lui donner, il l’a acquise par l’école. Ce n’est pas un hasard si lui aussi s’oppose à la destruction systématique de l’école. Madame le ministre ne s’est pas imprégnée de cette culture. Sans doute la faute à sa formation à l’IEP (Institut d’études politiques) de Paris. On y cultive la superficialité et le déracinement. Sans doute, aussi, la faute au discours victimaire de la gauche française qui cultive la haine de soi. On voit le résultat.

Pierre Van Ommeslaeghe
Professeur de philosophie

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