Jules, reviens, ils deviennent fous !

Professeur de philosophie
 

Tout le monde connaît la Lettre aux instituteurs[PDF] que Jules Ferry écrivit en 1883. Tout le monde ? Apparemment certains, parmi pourtant les premiers intéressés, ne semblent pas l’avoir lue.

Le rectorat de l’académie de Nantes recommande la lecture d’un livre, Que font les petits garçons ? de Nikolaus Heidelbach, en cycle 3 (CM1, CM2, 6e) mais sans que ce livre ne soit emmené à la maison car, était-il écrit encore récemment sur le site de l’académie, « les réactions très négatives de certains adultes à l’égard du livre pourraient compromettre son exploitation ». Autrement dit, le contenu de l’ouvrage peut choquer les parents ; il faut donc non pas éviter de le faire lire mais éviter que les parents le sachent.

Dans sa lettre, Ferry écrivait :

Si parfois vous étiez embarrassé pour savoir jusqu’où il vous est permis d’aller dans votre enseignement moral, voici une règle pratique à laquelle vous pourrez vous tenir : avant de proposer à vos élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s’il se trouve, à votre connaissance, un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire…

Autrement dit, exactement l’inverse de ce que préconise le rectorat de Nantes.

On aimerait savoir si la laïcité est encore de mise à l’Éducation nationale. On s’attend à ce que la (très) lointaine héritière de Jules Ferry au ministère – madame Vallaud-Belkacem – sanctionne le responsable d’un tel manquement. Le contraire ne pouvant que signifier le soutien à une telle démarche violant la responsabilité fondamentale des parents dans l’éducation des enfants. Et l’abandon de ce qui était jusque-là un principe essentiel de la laïcité.

Madame le ministre prétend « restaurer » les relations entre les parents et l’école. Elle reconnaît, ainsi, que la confiance des parents envers l’école est perdue. Ce n’est pas en invitant une dizaine de parents à prendre le café au ministère, comme elle l’a fait récemment, qu’elle restaurera cette confiance, mais en abandonnant les prétentions de certains cadres de l’Éducation nationale, et peut-être d’elle-même à se substituer aux parents. Ce qui est la marque des régimes totalitaires.

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