De la dictature en Amérique

Docteur en science politique et essayiste
 

La victoire de Barack Obama comble de joie les partisans d’un monde où la diversité et les droits de l’homme sont défendus.

Pourtant, passés les flonflons et les grandes sorties dithyrambiques humanistes, le réel revient au galop. En effet, en observant l’évolution des structures politiques américaines, on remarque une mutation de « l’État profond » selon l’expression de Peter Dale Scott. Il n’est pas exagéré de parler d’une mise en forme de structures dictatoriales prêtes à fondre sur la population des États-Unis. Des signes avant-coureurs avaient été dénoncés par le Président Eisenhower, lors de son discours du 17 janvier 1961, évoquant « le complexe militaro-industriel » gangrénant l’Amérique.

Les événements du 11 septembre 2001 ont amplifié la menace dictatoriale.

Le lancement du « Patriot Act » dès octobre 2001, au nom de la lutte contre le terrorisme, a permis une surveillance généralisée de la population américaine avec violation de leur vie privée. Ce texte, renouvelé depuis par chaque administration, a été prolongé par le Président Obama jusqu’en 2015.

Cette violation constante des droits des citoyens au nom de la sécurité interne du pays s’accompagne d’une série de textes annihilant l’équilibre des rapports entre l’État américain et les États fédérés. Sous l’impulsion de la Federalist Society (association de juristes), le principe de « l’exécutif unitaire », instaurant un exécutif omnipuissant, est singulièrement renforcé par la présence de ses partisans à la Cour suprême des États-Unis avec son président John Roberts et son bras droit Samuel Alito.

Cette évolution s’accompagne, depuis 2001, de toute une série de textes adoptés mais suspendus (pour le moment) donnant les pleins pouvoirs au président des États-Unis dans une situation d’urgence (économique, climatique, terroriste, violences urbaines, etc.) : le paragraphe 1076 du NDAA 07 (octobre 2006), les NSPD 51 et HSPD 20 (mai 2007).

Capable d’instaurer la loi martiale suite à un événement grave, le président des États-Unis aura tous les pouvoirs face aux citoyens et aux États fédérés dépouillés de leurs droits politiques. Qui plus est, le président Obama a signé, le 31 décembre 2011, le NDAA HR 1540 permettant, sous prétexte d’une menace, l’arrestation de tout citoyen américain et sa détention illimitée « sans procès » (without trial) selon le bon vouloir des autorités du pays (voir Sec. 1021 et 1022). C’est tout simplement la mise à mort du Bill of Rights.

Toutes ces mesures ressemblent furieusement à cet ouvrage d’anticipation Philip Dru, administrator, paru en 1912, du très élitiste Colonel House et conseiller du président Wilson, racontant un coup d’État aux États-Unis avec abolition de la Constitution américaine, la mise sous tutelle du pays sous la férule d’un seul homme, la création d’un bloc Nord-américain unifié (chapitre 52) et l’instauration d’un socialisme de marché. Un siècle plus tard, les États-Unis n’en sont plus très loin.

Pierre Hillard
Docteur en science politique et essayiste

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