Editoriaux - 31 janvier 2018

Pierre Péchin, ou un certain canular (de vivre) à la française

Pierre Péchin est mort, et ce n’est pas un canular. Des canulars – téléphoniques, en l’occurrence -, il en a pourtant commis des milliers sur Europe 1. Comme quoi le Cours Simon mène à tout. À partager la scène avec la regrettée Sylvie Joly, remplir treize fois l’Olympia, multiplier les tournées, dans les grandes salles et les cabarets, avoir son rond de serviette dans les émissions de Guy Lux, Maritie et Gilbert Carpentier, aux grandes heures de la télé d’autrefois.

Au siècle dernier, Pierre Péchin est l’un des fantaisistes les plus populaires de France. On imagine qu’il a quitté celui-ci sans plus de regrets que ça.

En effet – et là, ce n’est toujours pas un canular -, nombre de ses sketches, faute de correspondre aux actuelles élégances humanistes, l’emmèneraient aujourd’hui plus sûrement devant la dix-septième correctionnelle que sous les feux de la rampe. Rien que leurs intitulés : « La céggal et la foôrmi », « Le côrbo et lé rénaar », soit du Jean de La Fontaine revisité à sa façon et avec un accent maghrébin à couper au cimeterre. De quoi « stigmatiser » les « minorités racisées », les « assigner » à leur « arabitude » et, désormais, provoquer un assez joli scandale rétroactif. Michel Leeb vient de l’apprendre à ses dépens, en imitant d’autres accents tout aussi exotiques.

En attendant, le seul de ses confrères à avoir salué la mémoire du défunt demeure l’inclassable comique Raphaël Mezrahi. D’où ce tweet en forme d’hommage rigolo avec de vrais morceaux d’humour drôle dedans : « Mon ami, mon frère Pierre Péchin, est parti ! Je lui dois tellement… Il y a un mois, le médecin lui disait “Vos jours sont comptés” et il lui a répondu “Je le sais depuis ma naissance, connard !” Quelle joie d’avoir été ton ami… Je t’aime… pour la vie ! »

Alors, pas forcément dévasté d’avoir quitté notre époque, Pierre Péchin ? Il n’est pas incongru de se poser la question, tant il est vrai qu’en matière de canulars, c’est un peu cette même époque qui lui avait depuis longtemps piqué son boulot. Exemples.

Le ministre Gérald Darmanin accusé de « viol par surprise » par une ancienne prostituée : comme si Madame Claude avait porté plainte contre ses clients pour offense aux bonnes mœurs ?

Jean d’Ormesson publié dans La Pléiade de son vivant : en attendant La Foire aux cancres de Jean-Charles ?

Les pouvoirs publics défendent le « plug anal » au nom de l’art « dérangeant pour le public », tout en défendant à l’humoriste Dieudonné de se produire sur scène au motif qu’il « troublerait l’ordre public » : Manuel Valls plus fort que Pierre Desproges en matière d’humour absurde ?

Les publicités pour la lingerie Aubade seraient dégradantes pour les femmes, mais les Femen qui montrent leur poitrine font avancer la cause de ces mêmes femmes : à quels seins se vouer ?

Jacques Tati privé de pipe et Winston Churchill de cigare au nom de la lutte contre le tabac : mais la libéralisation du cannabis, comme en Californie, ne serait-elle pas du dernier chic ?

Les personnes âgées sont délaissées dans les maisons de retraite, mais qui se soucie encore du sort d’Alain Juppé, abandonné par sa famille ? Et de Valéry Giscard d’Estaing, dont les obsèques publiques ont naguère été éclipsées par celles de François Mitterrand ?

Avec tout cela, Pierre Péchin aurait probablement signé un assez joli spectacle. Pas la peine d’inventer : il n’avait qu’à se pencher.

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