Canteloup et les feux de l’humour

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Qu’on se le dise : être humoriste tous les jours n’a rien de très amusant. Dans un flot continu d’actualités, parvenir à faire rire au milieu des accidents, scandales, catastrophes, guerres et corruptions peut relever de l’exploit. En démocratie, l’humoriste est le nouveau bouffon du roi, et le nouveau roi est l’opinion. Il peut donc s’en moquer, comme il peut se moquer des seigneurs de la cour, en veillant simplement à ne jamais « aller trop loin ».

Dans cet exercice, une fois lassé de la matinale graveleuse de Laurent Gerra, on pouvait trouver finalement son compte avec Nicolas Canteloup. Dans l’avalanche d’humoristes autoproclamés, il fait partie de ceux qui n’ont pas la fâcheuse manie de nous horripiler par excès d’ego ou d’idéologie. Cependant, Nicolas n’est pas un subversif. Il s’accommode des raccourcis souvent prémâchés par la presse pour les caricaturer ensuite, ce qui le met à l’abri d’une éventuelle éviction.

De ce fait, on voit mal comment lui et ses auteurs ont pu si rapidement s’attirer les foudres. En détournant l’agression des policiers d’Aulnay pour la conduire vers un mariage gay façon LGBT, le prétexte de l’humour n’aura pas suffi à en convaincre certains. Pourtant, on est ici dans la drôlerie vulgaire qu’on nous inflige en permanence. Certes, on s’en passerait bien, mais j’imagine mal un déferlement d’indignations dans notre société débridée, elle qui ne se gêne socialement pas en allusions indigestes.

À notre grande surprise, ce 8 février, « Canteloup n’était pas drôle », selon les propres dires d’Europe 1, et étonnamment « vulgaire ». Toujours aussi pertinent et modéré, Yagg accuse : « Humiliation d’une victime, racisme, homophobie et culture du viol. » S’ils avaient pu ajouter islamophobie, nul doute qu’ils l’auraient fait.

Alors, comment Nicolas Canteloup a-t-il pu trébucher sur une erreur de débutant ? Croyait-il que l’humour avait pour vocation de faire rire ? Il oubliait qu’en 2017, il avait surtout vocation à transmettre des messages. Car si les humoristes devaient s’excuser platement chaque fois qu’ils étaient non seulement pas drôles mais en plus vulgaires, on subirait un communiqué par jour, tant on supporte ces facéties douteuses régulièrement. Ainsi, depuis que Stéphane Guillon a donné le ton sur France Inter, les boute-en-train s’enchaînent en insultant copieusement et continuellement ceux dont les avis sont un peu trop divergents. Sophia Aram, Frédéric Fromet, Thomas Vandenberghe ou Charline Vanhoenacker auront-ils eu à s’excuser ne serait-ce qu’une fois ? Bien sûr que non.

En réalité, l’occasion était trop belle pour les braillards de compétition. L’humour de Canteloup plaisantait autour de deux populations : les « jeunes de banlieues » d’une part, les homosexuels d’autre part. Populations à risque, donc, tant l’une et l’autre sont susceptibles, les uns ayant visiblement du mal à user du champ démocratique, les autres étant toujours en crise de schizophrénie face aux clichés qu’ils condamnent et exhibent à la fois. S’en prendre à eux, c’est risquer les procès d’intention diffamants et la condamnation en place publique. Cela n’a pas manqué.

Pourtant, personne n’aura demandé à Ahmed Sylla de s’excuser pour son sketch insultant tous les soldats français morts lors de la Seconde Guerre, insinuant qu’ils préféraient envoyer les Noirs africains servir de chair à canon, pour ensuite arpenter à leur place fièrement les rues à la Libération. Répugnante allusion diffusée en prime time samedi 4 février sur France 2, devant un parterre de spectateurs lobotomisés ou consentants. En France, l’opinion préfère l’humour noir et décapant.

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