Politique

Philippot crée « Les Patriotes » : est-ce vraiment à la hauteur de l’enjeu ?


Docteur en droit – Commissaire divisionnaire honoraire

 

Longtemps farouchement opposé à l’émergence de courants internes, le Front national vient-il de sauter le pas ? En effet, Florian Philippot, vice-président et numéro 2 du mouvement, vient d’annoncer la création d’une association dénommée « Les Patriotes ». Cette association aura vocation, selon son initiateur, à « défendre et porter le message de Marine Le Pen ».

Les adeptes d’un débat de fond au sein du parti frontiste devraient, en théorie, se réjouir d’une telle initiative. Mais en réalité, les conditions et les circonstances mêmes de ce subit revirement idéologique posent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses.

Tout d’abord, parce que cette démarche intervient à un moment crucial pour Marine Le Pen. Son échec cuisant à l’élection présidentielle, la mise en cause de sa stratégie politique et électorale, les départs enregistrés au lendemain de cette consultation électorale majeure – dont celui de Marion Maréchal-Le Pen n’est pas des moindres – ainsi que sa brusque rupture d’avec Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan à l’issue d’un accord qui aura duré ce que durent les roses incitent plus à penser à un sauvetage organisé dans l’urgence qu’à un vrai projet politique.

Ensuite, parce que l’initiateur et désormais président de cette « association patriotique » n’est autre que le vice-président, très contesté en interne – notamment pour son intransigeance sur la sortie de l’euro -, du Front national. Mais, face à la déroute électorale de Marine Le Pen, dont les thuriféraires pourront toujours dire qu’elle a cependant atteint des scores jamais égalés, il était important de réagir rapidement. Ainsi, les déclarations sur « la transformation profonde » qui pourrait toucher prochainement le parti fondé par Jean-Marie Le Pen participaient certainement de cette démarche refondatrice, dont Philippot n’a pas tardé à s’emparer, afin de n’avoir pas, à la veille des législatives, à s’appesantir sur un échec dont il est en grande partie responsable.

C’est donc en puisant en interne quelques bonnes volontés, à l’instar de Sophie Montel, et en débauchant un ancien cadre de Debout la France – qui, en retour, sera certainement dispensé sur sa circonscription législative de la concurrence d’un candidat frontiste – que l’ennemi juré de Marion prend date pour l’avenir.

Il paraît néanmoins évident que le but affiché de cette association évoque plus un rappel à l’ordre et une tentative bien maladroite de remobilisation des militants qui seraient, à juste titre, tentés d’aller voir ailleurs à l’occasion des prochaines élections législatives qu’une véritable volonté de se remettre en cause. L’essence même de la nouvelle structure voulue par Philippot, qui ne propose en fin de compte que d’apporter à nouveau un soutien inconditionnel à celle qui a conduit son parti à l’échec, ainsi que le recyclage de quelques personnages sans véritable envergure politique ne peuvent qu’inciter à s’interroger.

Les hiérarques du Front national ont-ils réellement pris conscience de l’impasse dans laquelle ils ont conduit leurs électeurs ? Par ailleurs, ont-il l’intention de faire comme si le revers subi n’avait jamais existé ? Si la réponse à ces deux questions réside dans la démarche entreprise par Philippot, alors les jours du Front national sont comptés. Car si cette réponse ne va pas au-delà de la création d’une association chimérique et décalée, c’est que décidément Marine Le Pen et son acolyte Florian Philippot ne parlent pas le même langage qu’une majorité de Français.

Docteur en droit – Commissaire divisionnaire honoraire

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