Homophobie, la faute à qui ?


Magistrat honoraire et président de l'Institut de la parole

 

C’est dur à admettre mais c’est indéniable.

Depuis le débat sur le mariage gay et la loi qui a suivi, le nombre d’agressions physiques contre les homosexuels a doublé en 2013, selon le rapport de SOS Homophobie (Le Monde).

Quelle désillusion pour ceux qui croient que la loi est forcément un gage de paix et de tranquillité publique alors que, presque mécaniquement, pour les sujets de société, les interdictions ou permissions que le Parlement édicte constituent au contraire, le plus souvent, une sorte de tentation perverse pour les dissidences, les transgressions, les provocations et les ruptures !

C’était faire preuve de naïveté ou de cynisme que d’invoquer l’exigence de rassemblement pour persuader l’opinion que le mariage pour tous était nécessaire alors qu’on était à peu près sûr que du déchirement et des tensions en résulteraient avec des agressions et des violences multipliées.

Il n’est plus question de discuter cette loi qui est devenue la loi de la République mais seulement de mettre en évidence que des droits nouveaux octroyés à une communauté qui n’en était pas globalement désireuse, loin d’apaiser ce qui sourd des profondeurs d’une société, parfois exacerbent celle-ci. Au point de devoir s’interroger sur les rapports presque contradictoires entre l’abstraction de la loi et la complexité de la vie collective, entre ce que le législateur a touché avec trop d’audace et ce qui aurait exigé peut-être retenue, modération, adaptation et compréhension.

On a tapé avec un marteau sur un sujet infiniment délicat. La honte de ces violences deux fois plus nombreuses s’explique par le déplorable constat qu’une loi, si elle a donné satisfaction aux homosexuels, a intensément mis ou remis en branle des réflexes, des hostilités et des préjugés qui, partiellement assoupis ou latents hier, ont été décuplés par son irruption dans un climat que l’empirisme social et la quotidienneté de plus en plus civilisée allaient peu à peu améliorer.

Des imbéciles et des brutes, qui ne sont pas à chercher seulement dans les rangs des opposants religieux et politiques au mariage pour tous mais dans les marges nombreuses qui ont vitupéré et insulté les homosexuels (Christian Combaz dans Figaro Vox), n’ont pas profité de cette loi mais ont, à cause d’elle, libéré des instincts et des malfaisances auxquels, paradoxalement, sa volonté de normalisation a donné cours.

Comme si elle avait amplifié l’homophobie en se faisant fort de la dénoncer. La perversion de la loi est qu’elle donne du prix et une sombre présence à ce que, en parfaite humanité, elle n’a pour vocation que de pourfendre.

Une loi crée un déséquilibre si, trop en avance par rapport à l’évolution sociale, elle pose des jalons, crée des repères et provoque des incompréhensions qui la feront accepter banalement – le mariage pour tous n’a pas bouleversé notre univers – mais susciteront, par une déplorable compensation, le pire à l’encontre d’homosexuels théoriquement protégés par ce bouclier légal.

On peut même supposer que, pour certaines personnalités déséquilibrées, le fait d’avoir consenti au mariage pour tous, avec cette avancée considérable pour les homosexuels, leur enlève toute mauvaise conscience quand ils s’en prennent violemment à certains de ceux-ci. De quoi se plaindraient-ils puisque la loi leur a complu pour ce qui leur semblait capital ?

Je ne suis pas surpris par cette lamentable augmentation des atteintes physiques, par cette homophobie qui dépasse les mots et les insultes.

La société est comme une bête qui dort. Pour faire le bien, on la réveille et sa part mauvaise se révèle ou s’exacerbe.

On a le mariage pour tous et la violence en prime !

Extrait de : Le mariage pour tous mais la violence pour les autres !

Philippe Bilger
Magistrat honoraire et président de l'Institut de la parole

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