Dounia Bouzar jette l’éponge

Consultant en sécurité
 

Donia Bouzar, présidente du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam (CPDSI), jette l’éponge.

Le CPDSI, association créée en avril 2014, vient donc de décider de ne pas accepter la reconduction tacite de l’appel d’offres 2015/2016 avec le ministère de l’Intérieur car il estime que la loi sur la déchéance de nationalité crée un contexte politique défavorable à l’entreprise pédagogique et scientifique pour prévenir la radicalisation. Bigre, mais quelle mouche a donc piqué sa présidente Dounia Bouzar pour jeter ainsi son « bébé » avec l’eau du bain et faire savoir que sa structure de prévention de la radicalisation sera dissoute au printemps prochain ? La « cellule mobile d’aide au désembrigadement sur le territoire national » mise à la disposition des préfectures va donc disparaître.

Cette association a profité, en 2014, d’un certain désarroi de l’État qui cherchait des solutions, tardives, au phénomène de radicalisation des jeunes. Seul sur le marché à ce moment-là, le CPDSI a donc profité des subsides de l’État pour ses expérimentations. La raison invoquée pour expliquer cette renonciation n’est pas très convaincante et sent le prétexte ! En effet, d’une part la loi constitutionnelle n’a pas encore été définitivement votée par le Parlement en Congrès et pourrait même ne pas être votée du tout. D’autre part, et même si elle était votée, ses dispositions concernant la déchéance de nationalité concernant les binationaux sont plus douces que celles des articles 23 et 25 du Code civil actuel, car infligées après un jugement définitif alors qu’en l’état actuel, un décret en Conseil d’État suffit.

L’analyse de Dounia Bouzar est aussi une erreur sur le fond car, selon elle, cette mesure « remet en cause toute la politique publique du ministère de l’Intérieur à laquelle on avait adhéré en 2014. On ne peut pas accepter de relier les origines à un engagement djihadiste ». C’est un refus de reconnaître la réalité, c’est-à-dire que les terroristes qui ont frappé notre sol se nomment Mehra, Kouachi, Coulibaly , Nemmouche, Beghal, Sid Ahmed Ghlam, Yassin Salhi, Ayoud, El Khazzani, etc., et non Dupont, Duval ou Durant. Les faits sont têtus.

Cette renonciation apparaît donc plutôt comme un aveu d’échec et de grande difficulté à mettre en œuvre ces actions de prévention, pour un résultat mitigé, et peut-être aussi un calcul bassement mercantile. Ou les deux à la fois ?

Aveu d’échec car le résultat est assez modeste tant quantitativement que qualitativement, selon son bilan publié le 11 février 2016. Un millier de familles en ont profité depuis avril 2014, ce qui est peu par rapport aux 8.250 personnes qui ont été signalées comme radicalisées auprès des pouvoirs publics (enquête du Figaro du 3 février 2016). Par ailleurs, ce même bilan révèle que sur 325 jeunes signalés en 2014, 43 % seulement sont considérés par leur famille comme sortis de l’emprise de l’islam radical. Dounia Bouzar reconnaît enfin que le suivi des familles, un peu partout en France, par l’équipe mobile du CPDSI (sept salariés) avait pu « fatiguer » les troupes, tout comme certaines « attaques injustes ».

À moins que la vérité soit aussi plus mercantile en profitant d’une certaine notoriété. En effet, la famille Bouzar (mère et fille) ne compte pas pour autant couper les ponts avec le dossier. Le cabinet Bouzar Expertises, créé en 2008, va reprendre une activité plus intense et se concentrer, désormais, sur des travaux de « recherche académique », notamment à propos de la « porosité entre le salafisme quiétiste et les discours radicaux ». Conférences, formations, livres seront sans doute plus lucratifs que le CPDSI, et le marché n’est pas près de se tarir.

Quoi qu’il en soit, cette affaire doit nous amener à reconsidérer les espoirs mis dans l’efficacité de la politique de prévention de la radicalisation dans notre pays.

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