Editoriaux - Religion - Société - 3 septembre 2018

Peut-on caricaturer Mahomet ? L’islam et la manière…

Aux Pays-Bas, le cinéaste et député Geert Wilders, leader du Parti de la liberté (nationaliste-souverainiste-populiste) et opposant déclaré à l’islam et l’islamisme, a fait machine arrière. Il renonce à son projet de concours de caricatures de Mahomet lancé en juin dernier et prévu pour le mois de novembre, ce, pour des raisons de sécurité. L’arrestation d’une personne au passeport pakistanais ayant manifesté son intention de s’attaquer au député ou aux bâtiments du Parlement confirme que les menaces proférées n’étaient pas à négliger. Est-ce un recul face à un risque terroriste ? Le risque zéro n’existe pas en matière de terrorisme, mais cette annulation ne sera-t-elle pas perçue comme une capitulation, et donc une victoire de l’islam radical ?

Le droit au blasphème fait partie de la liberté d’opinion et d’expression et ce n’est plus un délit, même en Alsace-Moselle. La caricature d’un dieu, d’un prophète, d’un saint, d’un religieux relève du blasphème.

Un chrétien peut considérer que Mahomet fait partie de ces faux prophètes annoncés par le Christ lui-même (cf. Matthieu 7, 15-20 ou Matthieu 24, 23-27 : un arbre parmi ceux dont les fruits sont objectivement mauvais). Les emprunts de l’islam au judaïsme et au christianisme n’en font pas un héritier légitime. Le chrétien peut et doit inciter à la défiance envers les fausses doctrines et ceux qui les véhiculent. Mais « son » Dieu laisse le chrétien libre de croire ou ne pas croire que son Verbe s’est incarné, est mort et est ressuscité pour sauver tous les hommes. Cette même liberté d’opinion peut être invoquée par chacun pour ne pas croire qu’une once de prophétisme authentique inspirait Mahomet ou, au contraire, qu’il était le porteur du message divin le plus abouti. Ou encore qu’aucune transcendance ne saurait être justifiée.

Le citoyen peut, quant à lui, exprimer des doutes sérieux et légitimes envers l’islam et sa compatibilité avec un régime occidental se voulant démocratique et fondé sur un substrat culturel chrétien (même si des laïcards obtus nient cette filiation). Imputer à l’islam un caractère théocratique et totalitaire relève, là encore, de l’opinion, et des faits tangibles constatés dans de nombreux pays musulmans viennent la corroborer.

Bien sûr, dès lors que ces opinions s’expriment publiquement, des musulmans s’insurgent et brandissent l’anathème d’islamophobie. Ils sont soutenus par les chantres de la bien-pensance et les officines à l’antiracisme sélectif. Depuis que René Girard a démontré l’innocence du bouc émissaire, les stratégies victimaires se révèlent payantes.

Interrogeons-nous : est-ce que d’une caricature de Mahomet surgira l’apostasie d’un seul musulman, qu’il s’agisse d’une conversion à une autre religion ou non ? Est-ce qu’elle le convaincra définitivement de rejeter les aspects les plus totalitaires de l’islam pour le rendre a minima compatible avec nos sociétés ? Non, bien évidement. Il ne s’agit, ici, que de provocation gratuite, d’exacerber des tensions qui sont déjà fortes, de craquer une allumette dans une poudrière, bref, de jeter du napalm sur le feu. Qu’ils surjouent l’indignation ou pas, les musulmans sincères peuvent être légitimement blessés par des caricatures, comme je le suis souvent par certaines horreurs antichrétiennes ou cléricales.

C’est, bien évidement, par la raison qu’un musulman devient démocrate, c’est par la grâce et la raison des chrétiens qu’il se convertit au christianisme. La désuétude des caricatures objectivement blessantes par renoncement des artistes et des éditeurs pour faire place aux discours de vérité et de raison, voilà qui révolutionnerait le petit monde du bruit et de la fureur médiatiques.

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