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Petits privilèges entre amis

Avocat
 

On se demande souvent à quoi sert l’opposition. Comme le rappelait Jean Lassalle, il y a quelques jours à l’Assemblée, avec dix millions de chômeurs, la France a sans doute d’autres préoccupations que cette loi sur la moralisation de la vie politique. Le texte a été voté par les députés. Et voilà que les députés LR s’empressent de dénoncer une « discrimination ». Leur cible ? L’interdiction des emplois familiaux. Rien que cela.

La loi a, en effet, inclus un article « Fillon » qui interdit à un parlementaire d’embaucher un membre de sa famille. Que cela soit pure démagogie n’a rien de surprenant. L’essentiel est le symbole, et on sait combien le symbole est important dans notre système post-démocratique. Il n’aura échappé à personne que le scandale Fillon s’est soudain calmé, comme si l’élection de monsieur Macron avait soudain apaisé les flots d’une tempête médiatique bien artificielle. Quoi qu’on pense du procédé, il faut être bien hypocrite pour flatter la vertu de nos modernes politiciens. Pas plus que leurs prédécesseurs ils ne sont à l’abri des convoitises et des petits avantages que procure le pouvoir. C’est ainsi. Et c’est une broutille, à condition que les services rendus justifient l’avantage. Après tout, nos plus grands hommes d’État (Richelieu et Mazarin) se sont scandaleusement enrichis aux dépens du Trésor…

Texte inutile, donc, et démagogique. Il n’empêchera jamais un parlementaire de profiter de sa situation et d’en faire profiter ses proches. Mais l’idée même de saisir le Conseil constitutionnel à ce sujet montre à quel niveau nos hommes de pouvoir sont descendus. Il y a quelque chose d’affligeant à défendre bec et ongles une sorte de privilège qui, aux yeux des Français, ne passe pas. Des Français farouchement attachés à l’égalité, dont ils ont fait – à tort, sans doute – le principe fondamental de nos institutions. On peut le déplorer, mais le fait est là. Pour ces députés LR, s’opposer à ce texte est une bêtise sans nom. Ils vont un peu plus, si c’est possible, se déconsidérer dans l’opinion. Au plus grand profit de la majorité qui pourra ainsi se draper dans une vertueuse indignation.

Mais, plus encore, c’est l’argument utilisé qui laisse pantois : la discrimination à l’embauche. Voilà des gens de « droite » qui utilisent les armes inventées par la gauche pour les piéger. La notion de discrimination est une des plus redoutables. Elle permet de paralyser l’adversaire en l’accusant d’un crime énorme, un peu comme l’accusation de fascisme inventée par le KGB il y a soixante-dix ans, qui fonctionne toujours aussi bien. Ces « conservateurs » dépourvus d’idées, de philosophie et parfois de conscience ne comprennent plus qu’en utilisant les mots de l’adversaire, ils s’enferment dans une nasse dont ils ne pourront plus sortir. François Fillon en a fait les frais, au cours de sa terne campagne de centriste mal convaincu.

La France attend autre chose que ces slogans débiles. Elle serait sans doute sensible à un discours qui parle d’elle, de sa grandeur, de sa place à retrouver dans le monde, de son histoire, de sa beauté splendide et de sa culture millénaire. Ces gens-là ne savent plus lui parler. Ils n’y pensent même plus. Bien peu nombreux sont les rares courageux à oser tenir de tels propos. Et ils sont inaudibles, ou en retrait de la vie publique.

Voilà où en est le discours politique de notre pays. On se croirait au temps du Directoire. Triste souvenir. Mais, après tout, ces parlementaire LR nous démontrent que leur défaite était méritée.

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