Editoriaux - Histoire - Polémiques - 7 novembre 2018

Pétain et Macron : une histoire bien française

Le 23 octobre, nous titrions ici même « Emmanuel Macron ne veut pas honorer les maréchaux de la Grande Guerre ». Aujourd’hui, 7 novembre, les tambours de la polémique battent la générale et démentent, en partie, ce titre. En effet, interrogé à Charleville-Mézières, au cours de son « itinérance mémorielle », au sujet de la cérémonie qui se déroulera, samedi, aux Invalides à la mémoire des huit maréchaux de la Grande Guerre, le président de la République vient de déclarer : « Le maréchal Pétain a été aussi, pendant la Première Guerre mondiale, un grand soldat. »

Tollé. Des résistants en peau de lapin sortent de leur tranchée moquettée et hurlent aux pires heures de notre histoire, frappant d’infamie Emmanuel Macron. Les communiqués, les tweets tombent dru comme un tir d’artillerie sur la cote 114. On n’en retiendra qu’un : celui de Jean-Luc Mélenchon qui résume tout, et qui, pour le coup, s’est surpassé, n’hésitant pas, d’ailleurs, à travestir ou, au minimum, raccourcir l’Histoire. « Le maréchal Joffre est le vainqueur de la guerre de 14-18. Pétain est un traître et un antisémite. Ses crimes et sa trahison sont imprescriptibles. Macron, cette fois-ci, c’est trop ! L’Histoire n’est pas votre jouet. » Propos évidemment tout à fait contestables au plan historique. Joffre n’est pas le vainqueur de 14-18. Il est UN des vainqueurs de 14-18 et, d’ailleurs, depuis 1916, il n’était plus généralissime des armées françaises. Pourquoi Mélenchon ne cite-t-il pas Foch, généralissime des armées alliées en France – excusez du peu ! – au moment de l’armistice ? Est-ce parce que Joffre était franc-maçon et que Foch avait la réputation d’être un calotin ? Dire, ensuite, que les crimes de Pétain sont imprescriptibles est, certes, une opinion, mais cette opinion ne repose sur aucun fondement juridique. Philippe Pétain fut reconnu coupable, par la Haute Cour, d’intelligence avec l’ennemi et de haute trahison. Donc, si l’Histoire de France n’est pas le jouet de Macron, comme l’affirme Mélenchon, elle ne peut être, non plus, le jouet idéologique de Mélenchon.

Toute la gauche y va donc de sa salve contre Macron. Cette gauche qui, héritière de ces nombreux parlementaires qui donnèrent les pleins pouvoirs à Pétain en 1940, érigea ensuite en sport national son opposition à de Gaulle pour, in fine, venir fleurir sa tombe en procession. Cette gauche devrait écouter le discours que le général de Gaulle prononça en 1966 à Douaumont à l’occasion du cinquantième anniversaire de Verdun : « Si au milieu d’événements excessifs, l’usure de l’âge mena le maréchal Pétain à des défaillances condamnables, la gloire qu’il avait acquise à Verdun, 25 ans plus tôt, et qu’il garda ensuite en conduisant l’armée française à la victoire ne saurait être contestée, ni méconnue par la patrie. » Emmanuel Macron, avec moins de talent, évidemment, et moins de solennité, n’a pas dit autre chose. Mais on l’a bien compris, derrière cette polémique, c’est toujours la même chose qui se cache : la haine de la France qui devrait, sans souci de la chronologie, et pour l’éternité, rimer avec repentance.

Notons, tout de même, que le président de la République a enrobé son propos d’une sauce assez curieuse : « Je me suis toujours opposé au défaitisme français lorsqu’il a pu exister, ou à la complaisance avec toute idéologie… » Macron, né en 1977, n’était pas à Londres en 1940, alors de quel défaitisme français parle-t-il ? Pas celui, j’imagine, qui consiste à renoncer à la souveraineté française, pour laquelle de Gaulle s’est battu toute sa vie, au profit d’une souveraineté européenne hypothétique !

Enfin, relativisons l’importance de cette cérémonie pour honorer les huit maréchaux de France de la Grande Guerre. Cet hommage sera celui des armées, pas celui de la nation. Il sera présidé par le chef d’état-major des armées, pas par le président de la République, qui sera représenté par son chef d’état-major particulier. Or, le maréchalat n’est pas un grade dans les armées, c’est d’abord une dignité dans l’État. Il eût donc été tout à fait digne que le chef des armées fût présent à cette cérémonie. C’est dommage.

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