Personnes âgées : la réalité silencieuse

 

« En France, 300.000 personnes âgées, soit 2 % des plus de 60 ans, connaissent un isolement qui confine à la “mort sociale” comme la nomme l’association Les Petits Frères des pauvres » (source : Le Monde).

Dans cette société du bien-être obligatoire et de la performance individuelle, les vieux, improductifs et flétris, alors que tout doit être lisse comme une photo retouchée, n’intéressent pas. Tout juste sont-ils bons à payer plus d’impôts puisque supposés riches. Et dans un monde où les familles sont éparpillées çà et là, quand elles ne sont pas tout simplement éclatées, le lien est diffus avec les anciens, voire inexistant.

Face à cette réalité silencieuse, qui n’en est pas moins tragique pour nos aînés incarnant ce passé si essentiel à notre construction, « les petits frères des Pauvres ont décidé de mener avec l’institut CSA la première étude consacrée uniquement à la solitude et l’isolement des personnes âgées de plus de 60 ans en interrogeant par téléphone 1.800 personnes et en complétant avec des entretiens qualitatifs en face à face avec des personnes généralement exclues des sondages : personnes âgées détenues, personnes gravement malades, en hébergement collectif » (source : fleursdelafraternite.petitsfreresdespauvres.fr).

Dans cette étude, il apparaît que « 22 % des personnes de plus de 60 ans sont isolées du cercle familial, 28 % du cercle amical, 21 % du cercle de voisinage, 55 % des réseaux associatifs. 900.000 personnes de plus de 60 ans sont en situation d’isolement à la fois des cercles familiaux et amicaux. » Il faut ajouter à cela l’exclusion numérique : « 31 % des plus de 60 ans n’utilisent jamais Internet », qui est, malgré tout, un moyen de rompre l’isolement, même si virtuellement. Enfin, la précarité aggrave l’isolement : « Plus les revenus sont faibles (inférieurs au seuil de pauvreté de 1.000 €), moins on a de contacts avec son voisinage, avec les commerçants, moins on s’investit dans le secteur associatif, moins on se sent heureux et plus le sentiment de solitude est exacerbé. » Car le dieu argent est impitoyable avec les infidèles, pire encore lorsqu’ils ne sont plus en âge de produire !

En n’accordant pas l’importance qu’elles méritent à ces personnes d’un autre temps, nous manquons cruellement de reconnaissance, oubliant un peu hâtivement que ces hommes et ces femmes ont autrefois œuvré pour notre avenir puisque, grâce à leur force de travail, les nombreux avantages offerts par notre pays – et dont certains usent et abusent – ont été rendus possibles : en matière de santé, d’éducation, de prestations sociales, etc.

L’étude laisse toutefois poindre l’espoir en montrant que l’amitié demeure une valeur sûre, que la solidarité familiale « se retisse au grand âge », que le réseau associatif fonctionne et permet de faire des rencontres.

Plus généralement, il serait temps d’en finir avec le jeunisme ambiant et réintégrer pleinement la vieillesse dans notre quotidien, quel que soit notre âge.

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