Péril en la culture

Enseignant
 

Les images sont saisissantes, de ces « combattants » religieux, détruisant statues, livres, instruments de musique, après avoir détruit les bouddhas géants d’Afghanistan, avec le même cérémonial, inspirant la terreur. La religion dans sa forme dominatrice, prétexte à la toute-puissance pathologique d’esprits pervers narcissiques, entraîne des hordes de suppôts déboussolés, béats devant l’action d’un modèle identificatoire à l’invincibilité valorisante. Les nazis, déjà, avaient brûlé livres et pans d’histoire, dans une hystérie collective, décrétant sur la même tonalité que tout ce qui n’était pas eux ne devait pas être. Que tout ce qui n’est pas supposé être de notre dieu ne doit pas être, lors d’un état second où le « combattant » se confond lui-même avec ce qu’il appelle Dieu, dans un passage à l’acte devenu, grâce au djihad, un état reconnu.

Les communistes russes ou chinois s’y étaient pris de la même manière avec le savoir, détruisant racines culturelles, monuments historiques, livres, débaptisant villes, lieux, introduisant un autre vocabulaire, étatique, éradiquant langues régionales, déportant les représentants de tribus, de peuples entiers, au nom d’une forme de culture, d’une idéologie qui supposaient, comme avec dieu, que tout ce qui n’est pas notre idéologie ne doit pas être. Pol Pot, encore, sélectionnant les lecteurs, porteurs de lunettes comme de dangereux instruits menaçant son pouvoir, les fit mourir en masse.

Mais il y a des formes plus insidieuses, du même fer, ganté d’un velours licite, qui consistent à inventer des éléments de langage et à les diffuser dans la presse, à les enseigner dans les écoles, à les répéter en boucle dans des campagnes électorales.

Les gouvernements d’inspiration marxiste-léniniste, convertis aux bienfaits d’un libéralisme mondial déculturé, synonyme de richesse et de confort, ne perdent pas leurs habitudes. Ils débaptisent aussi les vacances de la Toussaint, qui deviennent d’automne, interdisent les crèches de Noël, révisent l’Histoire. Ils ne détruisent pas les statues de la civilisation mais les placent à l’arrière-plan. Ils ne rayent pas les grands hommes mais les ridiculisent, les renvoient à de petits rôles pour mettre en valeur d’autres faits, de petites bravoures isolées, de la part de nouveaux héros, placés dans la lumière, afin que tout le monde croie qu’ils sont grands et qu’ils ont toujours fait partie de l’Histoire.

Détruire ses racines ou les manipuler, l’une des méthodes est spectaculaire, l’autre ne l’est pas. L’une nous désigne des combats et des guerres au loin, l’autre transforme notre maison, nos savoirs et nos racines, mais les deux avancent en déconstruisant la culture et des intangibles prouvés et étayés par la science, la littérature et les travaux de nos prédécesseurs. Dans cette identité de méthodes et d’objectifs, la folie meurtrière et la folie maîtrisée se rejoignent, alors il n’est pas très étonnant qu’elles s’acoquinent si bien.

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