Audio - Culture - Editoriaux - Entretiens - Histoire - Politique - 25 avril 2018

« Ceux qui pensent union des droites pensent avec des clivages dépassés »

Pour le porte-parole du Front national Sébastien Chenu, l’union des droites est « restrictive et vouée à l’échec », car elle se couperait de certains électeurs eux aussi attachés à un programme basé sur la nation et un État fort.

« La République en marche, rappelle-t-il, n’est pas l’union de la gauche, mais celle de gens qui se reconnaissent dans un programme ultralibéral et européen. »

Ce matin, vous avez déclaré sur France Inter que l’union des droites était trop restrictive dans la mesure où elle vous privait d’emblée de gens qui ne sont pas de droite et qui votent Front national.
Qu’avez-vous voulu dire ?

Penser union des droites, c’est penser selon des clivages datés et périmés. Je pense que depuis l’élection d’Emmanuel Macron et même avant, les clivages droite et gauche sont obsolètes, tel qu’ils sont en tout cas représentés par leurs mouvements politiques. C’était d’ailleurs l’analyse qu’avait faite Marine Le Pen.
Réfléchir de cette manière nous prive de gens qui ont depuis très longtemps dépassé ces clivages-là. Je pense évidemment aux électeurs qui ne se définissent pas de droite, mais qui votent pour le Front national. Ils ne voteraient plus pour d’autres, mais ne votaient pas auparavant pour des partis de droite. Ils se reconnaissent néanmoins dans la défense de la nation et d’un État fort. Qu’ils habitent le Nord ou le Sud, c’est à peu près pareil.
Par ailleurs, l’union des droites est trop restrictive, parce qu’elle ne peut se faire qu’avec des gens sincères. Or l’union des droites, dans le sens d’unir des partis politiques de droite, avec en particulier Les Républicains, me semble vouée à l’échec puisque ces gens n’ont pas de sincérité. Je parle ici bien sûr des dirigeants, et non pas des électeurs, des adhérents ou des militants.
Enfin, l’union des droites ne fonctionne pas en tant que telle. Robert Ménard, par exemple qui en fait la promotion, et avec qui j’entretiens d’excellentes relations, nous a montré qu’il avait été élu face à une liste UMP et qu’en plus il avait fait ses meilleurs scores dans les quartiers populaires qui traditionnellement ne votent pas à droite. Il a donc bien réussi à ramener des voix de gens qui ne se définissent pas comme des gens de droite.

Si l’union des droites est pour vous périmée, l’alliance des droites vous convient-elle davantage ?

Cela n’empêche pas évidemment d’accueillir les gens venant de droite, au contraire. Il faut d’ailleurs commencer par celles et ceux qui se définissent de droite, même si je crois que ces paramètres-là sont périmés. Je crois simplement que c’est trop restrictif. Si on parle d’union ou d’alliance des droites, on est voué à se couper d’une partie de la population qui a déjà compris que ces clivages étaient dépassés.
Quand Emmanuel Macron fait La République En Marche, il ne fait pas l’union de la gauche, il fait une alliance, une union ou un rassemblement de gens qui se reconnaissent dans un programme ultra libéral et européen.
Nous, au contraire, nous proposons un programme basé sur la nation et sur la défense de l’État, un État fort. Est-ce de droite ou de gauche ? Je n’en sais rien. Les gaullistes faisaient l’union autour du Général de Gaulle, qu’ils fussent de gauche ou de droite.

Cette ouverture à gauche qui avait été à une époque incarné par Florian Philippot n’a-t-elle pas montré ces limites au moment des Présidentielles de 2017 ?

Cela ne doit pas s’incarner par quelqu’un en particulier. En ce qui me concerne, je viens de l’UMP. C’est pourquoi j’en parle avec encore plus de légitimité. Mais j’ai une conscience sociale très forte, comme on peut l’avoir au Front national.
Je pense que les Français ont dans leur héritage culturel et politique un certain nombre de valeurs, mais aussi la création de la sécurité sociale et d’un certain nombre de protections qu’ils ont payées très cher. Elles font partie de notre Histoire. Je crois que cette conscience sociale s’incarne aujourd’hui davantage dans un mouvement comme le nôtre que dans celui d’Emmanuel Macron.

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