Décès

Paul Bocuse, ou le feu sacré

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Disparu le 20 janvier à l’âge de 91 ans, le chef Paul Bocuse a eu une vie bien remplie que l’on peut résumer en quelques mots : une guerre, trois étoiles, trois femmes et une légende. En quelque sorte, il avait le feu sacré comme l’indique la biographie écrite par Ève-Marie Zizza-Lalu.

L’aspect le moins connu de la vie du grand cuisinier que fut Paul Bocuse est, sans aucun doute, son engagement, à 17 ans, dans la 1re division française libre (DFL), alors commandée par le général Diego Brosset (1898-1944). Il intègre le bataillon de marche n° 24. Même si la 1re DFL est renommée 1re division motorisée d’infanterie, Bocuse et ses compagnons continuent de l’appeler 1re DFL. Il donne le coup de feu en Italie avant de rejoindre l’est de la France. Lors de la bataille d’Alsace (novembre 1944-avril 1945), il est blessé dans les Vosges. Une balle allemande le touche en pleine poitrine, à quelques centimètres seulement du cœur. Il est évacué à l’arrière, soigné par des militaires américains. Ceux-ci lui transfusent le sang d’un GI pour qu’il se rétablisse. Pour sceller cette amitié qui ne se démentira jamais, les soldats américains lui tatouent sur l’épaule gauche un coq gaulois. Est-ce pour cela qu’il aimait cuisiner la poularde de Bresse ? Démobilisé, il reçoit la croix de guerre 1939-1945. Il n’a que 19 ans.

La suite est plus connue : il fait ses gammes chez Eugénie Brazier (1895-1977) puis chez Lucas Carton, où il se lie d’amitié avec les frères Pierre et Jean Troisgros. Tous les trois se retrouvent à la Pyramide, chez Fernand Point (1897-1955) à Vienne. Il rentre à Collonges-au-Mont-d’Or, où il gagne sa première étoile en 1961, la seconde en 1962 et la troisième en 1965. Il devient une icône de la gastronomie française et mondiale, le pape de la cuisine, un orfèvre du goût. Il rentre dans la légende, la chaleur des fourneaux lui servant de viatique.

Côté vie privée, sa vie est aussi rythmée par le chiffre 3. En 2005, au sortir d’une lourde opération chirurgicale, il dévoilait un pan de son intimité et révélait un secret très personnel : « J’ai trois étoiles. J’ai eu trois pontages. Et j’ai toujours trois femmes. » Il y a Raymonde, qu’il épouse en 1946 et qui lui donne une fille, Françoise, née en 1947. Sa maîtresse, Raymone, directrice de clinique, lui donne un fils, Jérôme, en 1969, devenu lui-même cuisinier. Sa troisième femme, rencontrée alors qu’il est toujours avec les deux autres, s’appelle Patricia. Il la rencontre en 1971. C’est sa fille, Ève-Marie, qui écrit la biographie de son « beau-père ». Il lui confie : « Si je calcule le nombre d’années où j’ai été fidèle aux trois femmes qui ont compté dans ma vie, j’arrive à 135 ans de vie commune. »

Oui, décidément, Paul Bocuse, incarnation de la joie de vivre à la mode française, avait vraiment le feu sacré. Il l’a emporté dans son paradis étoilé. Pour l’éternité.

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