Editoriaux - Table - 4 septembre 2017

Ni patronat, ni syndicats, mais de l’efficacité consensuelle !

C’est extraordinaire à quel point la France se nourrit des affrontements. Elle s’y vautre même comme le porc se vautre dans son purin. Et cela ne date pas d’hier, malheureusement. Si elle ne va pas jusqu’à être en guerre civile, elle est, à tout le moins, en haine civile permanente. Elle est donc, il faut bien le reconnaître, une nation masochiste qui pratique l’automutilation jusqu’à s’en délecter. Et si certains parlent d’« exception française », cette notion est loin d’être positive comme les Français, suffisants, l’entendent. Les étrangers nous considèrent plus comme un peuple franchement malade que comme un peuple héritier d’une civilisation qui, il y a longtemps, a été brillante, même si elle avait cette agressivité décidément étrange dans le sang.

La loi Travail présentée jeudi dernier par le nouveau gouvernement est là qui atteste ce triste phénomène. Elle concerne la vie interne de l’entreprise qui n’a toujours été (même si cela ne concerne pas uniquement la France) qu’un lieu d’affrontements entre patronat et salariés. Or, il est effarant, renversant même qu’en ce XXIe siècle déjà bien entamé, on en soit encore à une appréhension carrément féodale de cette précieuse structure économique, car oui, on est encore figé dans ce temps où le seigneur, sur sa colline et de son château, dominait les manants dans la plaine, toujours eux bien sûr plus exposés aux attaques des autres seigneurs, dont les affrontements, c’est-à-dire la guerre, constituaient leur ontologie bestiale.

Comment, alors, n’a-t-on pas aujourd’hui la lucidité indispensable pour dépasser cette barbarie imbécile et considérer que l’entreprise, tout naturellement, est une unité qui ne fonctionne correctement que si chacun de ses éléments s’articule harmonieusement, c’est-à-dire sans affrontements. Il est donc plus qu’urgent d’en finir avec cette notion de patron car il n’y a pas lieu de privilégier les intérêts de l’un contre ceux des autres, de favoriser comme aujourd’hui, avec cette énième loi, la flexibilité et de l’opposer à la sécurité ou vice versa. Tout simplement parce que les intérêts à considérer ne doivent être que ceux de l’entreprise considérée dans sa globalité et en aucun cas ceux d’un clan ou d’un autre. Il en résulte que la notion plus qu’archaïque de propriété doit impérativement disparaître. Certes, il faut à toute entreprise une direction, mais une direction dépouillée de privilèges.

Un modèle existe déjà : la coopérative. L’efficacité consensuelle invite donc à transformer toutes les entreprises féodales en coopératives. Malheureusement, il faudrait un Everest d’intelligence à la France pour saisir cette inévitable réforme. Bien sûr, il ne fallait surtout pas s’attendre à ce que ce soit le Président Macron qui l’entreprenne puisqu’il est le petit homme de l’un des deux clans.

Pour l’heure, et comme il se doit, FO affronte la CGT et le 12 septembre, la CGT affrontera la loi en défilant dans la rue. Décidément, on n’est pas sorti de l’auberge.

À lire aussi

Les commémorations, dans leur démesure, nourrissent la jouissance de la terreur

Il nous faut être beaucoup moins démonstratifs, plus recueillis, plus silencieux, plus rés…