Lobby LGBT

Patrick Dupond, un homosexuel stigmatisé par les homosexuels ?

Journaliste, écrivain
 

Patrick Dupond fut l’un des plus grands danseurs français, si ce n’est l’un des meilleurs au monde, à en croire Rudolf Noureev, qui s’y connaissait un peu en la matière. Depuis plus de dix ans, il coule des jours tranquilles avec son épouse, Leïla Da Rocha, dans la ville de Soissons, loin des feux de la rampe.

Comme ils projettent tous deux d’ouvrir une école de danse à Bordeaux et qu’un peu de promotion dans les médias ne saurait nuire, l’ancien directeur du Ballet de l’Opéra national de Paris accorde donc un entretien à Paris Match. Soit l’occasion de revenir à cette époque où, plus jeune, il préférait le lit des messieurs à celui de ces dames.

Un passé qu’il évoque avec pudeur, délicatesse : « Ça m’arrangeait de me mentir à moi-même. En ce qui me concerne, l’homosexualité a été une erreur. Il faut comprendre qu’une vie de danseur étoile international est incompatible avec une vie de couple, car il est impossible d’être disponible à l’autre. » Et le même d’employer les tristes mots de « parodie de l’amour ».

Il n’est d’ailleurs pas besoin d’être homosexuel pour éprouver le malaise de ceux qui sont en permanence adulés des masses ; tel est le lot de la majeure partie des artistes de grand renom, toutes mœurs confondues. Une drôle d’existence que Patrick Dupond résume de la sorte : « Dix-sept mille personnes vous acclament sur scène, mais vous n’avez personne avec qui partager ce moment. Quand je rentrais chez moi, j’étais heureux de retrouver mes animaux, mais j’étais seul. Ou seul à deux, ce qui revient au même. »

Cette confession, touchante de sincérité et de lucidité, qui aurait pu donner à réfléchir sur les aléas de la célébrité, déclenche aujourd’hui un déferlement d’indignation sur ces réseaux sociaux qui, on le sait, sont des nids de grands sensibles.

Morceaux choisis : « Le mieux qu’on pouvait faire avec Patrick Dupond, c’était d’ignorer ces propos confondants de bêtise qui ne représentent rien ni personne », « Les propos de Patrick Dupond sont irresponsables et pathétiques », « Pour Patrick Dupond, l’homosexualité a été une erreur. Se rend-il compte de l’effet dévastateur de ces mots ? », « Terrible et irresponsable, le message véhiculé par Patrick Dupond dans les colonnes de Paris Match : mon homosexualité a été une erreur ». De grands sensibles, on vous dit. 

Au fait, et si cela avait été le contraire ? Un homme ou une femme qui, après des années de mariage, se rend compte qu’il y a eu « erreur » – cela existe aussi et plus souvent qu’on ne croit –, faudra-t-il les exposer eux aussi au pilori médiatique ? Rien à voir, objectera-t-on, sachant qu’en France, et ce, depuis les âges les plus lointains, la discrimination des homosexuels a toujours été la priorité de nos sociétés, républicaines ou non. La preuve en est que cette persécution structurelle a empêché ledit Patrick Dupond, pour ne citer que lui, de faire la carrière qu’on sait.

Là, si l’on n’a pas affaire à un foutage de gueule caractérisé, il y aurait tout de même comme un fort cousinage. Et le comble, c’est que, maintenant, Patrick Dupond, un homosexuel, donc, va se retrouver stigmatisé par les mêmes qui luttent contre la stigmatisation des homosexuels. De l’art de se mordre la queue et de se les punaiser au plafond, en quelque sorte.

Bref, si l’on résume, et progressisme oblige, on a désormais le droit de dire tout ce que l’on veut des homosexuels à condition toutefois que ce soit du bien. Même si certains commencent à n’en penser pas moins… Ce qui ne devrait pas tarder à devenir le cas de notre estimé danseur.

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