Départements en faillite : le bal des hypocrites

 

Le très consensuel et très juppéiste M. Bussereau, président de l’Association des départements français, et lui-même président du conseil départemental de Charentes-Maritimes, ne nous avait pas habitués à un langage aussi belliqueux. Il promet une « guerre totale » au gouvernement si celui-ci n’accepte pas de mettre la main au portefeuille pour équilibrer les budgets départementaux.

Et la presse de citer quatre départements franciliens contraints d’augmenter les impôts et de procéder à des économies drastiques.

On comprend la bataille médiatique orchestrée par les élus LR consistant à faire porter au gouvernement la responsabilité de la politique d’austérité qu’ils vont devoir appliquer dans leurs départements.

On comprend aussi que l’exécutif socialiste souhaite laisser les élus locaux essuyer la colère des bénéficiaires qui recevront moins et des contribuables qui paieront plus !

À un an de la présidentielle, ce petit jeu est de bonne guerre.

Mais ne se laisseront prendre à cette comédie que ceux qui ne veulent pas voir que cette faillite des départements et, au-delà, de bien d’autres collectivités territoriales, et plus généralement des finances publiques, vient de loin et nécessitera plus que quelques coups de menton médiatiques.

Car au fait, de quoi s’agit-il ? D’un classique phénomène de ciseau : la stagnation économique affecte les recettes tandis que l’explosion du chômage alourdit considérablement les budgets sociaux, notamment celui du RSA.

À cela s’est ajoutée une politique de rigueur au niveau national, entraînant une baisse des dotations de l’État aux collectivités territoriales.

Cela ne pouvait-il pas se prévoir ? Nos élus locaux n’auraient-ils pas pu se montrer plus « fourmis » que « cigales » lors des années 2000 qui, en pleine croissance, avaient rempli leurs caisses ?

Car ces élus LR et cet exécutif PS qui se renvoient la patate chaude des déficits et de la faillite en sont les premiers responsables, eux qui ont, tour à tour, depuis quarante ans, si mal géré et le budget de l’État et ceux des collectivités territoriales, privilégiant les embauches, les dépenses sociales, les subventions clientélistes.

À ces élus qui s’affolent un peu tard, il faut calmement reprocher leur incompétence budgétaire et leur incohérence : n’est-il pas facile de prôner la réduction des dépenses publiques au niveau national, M. Bussereau, tout en réclamant le lendemain l’aide de l’État ? Ou pour l’État de créer le RSA tout en laissant les départements le financer ? On touche, ici, les limites de la décentralisation, finalement déresponsabilisante.

Dans le domaine des finances publiques, aussi, l’heure de vérité approche pour la France, et les choses ne pourront plus longtemps continuer comme avant.

Il est de bon ton de reprocher à Marine Le Pen et au Front national leur supposée incompétence économique et financière. Au moins n’ont-ils pas eu l’occasion de l’exercer.

Mais si ce n’est pas le Front national, qui donc est responsable de la faillite financière qui vient et dont celle des départements n’est que le prélude ?

Pascal Célérier

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