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Le Parlement européen traque les eurosceptiques mais ferme les yeux sur le PPE


Directrice de l'IDDE. Ancienne candidate aux élections européennes de 2014

 

Depuis le vote du Brexit, la chasse aux eurosceptiques par le Parlement européen s’intensifie pour les organisations européennes issues du UKIP et de ses alliés.

Il a été reproché à l’IDDE (Informer, Débattre, Décider Ensemble) que je préside d’avoir participé à la campagne référendaire aux Pays-Bas en février 2016 sur l’accord Union européenne-Ukraine, en publiant des publicités dans la presse incitant à la collecte de signatures pour la tenue de ce référendum (sans prendre position sur son objet). Quant à l’ADDE (Alliance pour la démocratie directe en Europe), on lui reproche d’avoir commandé des sondages sur des sujets tels que le Brexit, l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, etc.

En clair, on reproche à ces organismes eurosceptiques d’intervenir dans le débat public et de ne pas se contenter d’utiliser les fonds alloués par l’Union européenne pour organiser des cocktails.

Pendant ce temps, des financements des partis pro-Union européenne susceptibles d’être entachés de graves irrégularités ne font l’objet d’aucun article de presse ni d’enquête des services du Parlement européen.

C’est particulièrement le cas du PPE (Parti populaire européen), le plus grand parti européen, qui compte la CDU de Merkel, LR en France ou encore Jean-Claude Juncker, Michel Barnier, Antonio Tajani ou Donald Tusk.

Une organisation paneuropéenne, tel un parti politique européen, peut voir 85 % de son financement couvert par l’Union européenne, sous réserve de prendre en charge elle-même les 15 % restants (et que ces 15 % ne proviennent pas de fonds publics).

C’est une lettre, récemment envoyée à tous les membres du Parlement européen par l’eurodéputé britannique Roger Helmer, qui sonne l’alerte au sujet des dépenses et du financement des principaux partis européens et de leurs fondations. La lettre énumère également l’implication des principaux partis européens dans les campagnes nationales ou référendaires, actions pourtant strictement interdites.

Le Centre Martens (fondation qui dépend du PPE) a reçu un total de 727.519 € au cours des quatre dernières années de la fondation Konrad-Adenauer et de la fondation Hanns-Seidel (fondations allemandes financées par des fonds publics). Ces dons ont permis au Centre Martens de réclamer plus de 4.849.641€ de subsides au Parlement européen, qui a clairement fermé les yeux sur l’origine des dons et est allé à l’encontre de son propre règlement.

La fondation que j’ai établie s’est vu retirer ses subsides sur la base d’un article de presse calomnieux, alors que je me suis toujours assurée, au fil des ans, que notre organisation – avec deux agents de conformité – observait les règles à la lettre.

J’ai le sentiment que le bureau du Parlement européen, qui n’a pas de représentant eurocritique, utilise sa suprématie pour éliminer l’opposition, tout en accordant aux formations pro-Union européenne l’usage illicite de l’argent du contribuable.

Je suis également surprise de constater que ces irrégularités n’ont pas été remarquées lors des audits menés par Ernst & Young. J’ai demandé à l’OLAF (Office européen de lutte anti-fraude, qui enquête sur la fraude contre le budget de l’Union européenne) d’enquêter sur les dons de l’IPMS (la fondation nationale du SDKÚ slovaque) qui a donné 312.896 € au Centre Martens. L’organisation, malgré ses dons généreux, ne possède ni bureaux ni site Web. Ce n’est peut-être rien, mais on est en droit de se poser des questions.

Le président du Centre Martens est l’ancien Premier ministre slovaque Mikuláš Dzurinda. Le même Dzurinda qui était et pourrait encore être le secrétaire général de l’IPMS. Ce sera à l’OLAF d’enquêter sur la nature des liens entre le parti politique slovaque et son partenaire européen, et de vérifier que le Centre Martens n’a pas servi à financer illégalement des activités politiques en Slovaquie.

Si les accusations que suggère la lettre envoyée aux parlementaires sont avérées, cela entacherait gravement l’intégrité des partis nationaux qui sont membres du PPE tels que la CDU en Allemagne, Forza Italia en Italie, LR en France ou la CDA aux Pays-Bas.

Directrice de l'IDDE. Ancienne candidate aux élections européennes de 2014

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