Editoriaux - 17 mars 2019

Paris : la honte et la fureur

On se réveille le lendemain. Avec la « gueule de bois ».

Trop de violences, de pillages, de destructions, trop de malfaisances contentes d’elles, trop de blessés, trop d’incendies et trop d’attaques contre des forces de l’ordre admirables de stoïcisme face, parfois, à un début de lynchage. Paris dévasté.

Paris la honte et la fureur.

Le Président qui n’aurait pas dû programmer un séjour de ski à La Mongie au regard d’un samedi qui s’annonçait mouvementé – euphémisme – en est rentré précipitamment. Ce n’est pas une « fausse polémique », comme le prétend Benjamin Griveaux, mais le constat que le Président a sinon perdu la main du moins tout sens psychologique.

Il a solennellement déclaré qu’ils voulaient « détruire la République » et que le pouvoir allait « prendre des mesures fortes pour que cela n’advienne plus ». En soulignant qu’il avait déjà fait beaucoup. Au regard des samedis dont aucun n’a été honorable et tranquille dans son déroulement, on a le droit d’être dubitatif.

Le Premier ministre, en condamnant les agissements de cette multitude de casseurs, a annoncé que la « plus extrême rigueur » serait de mise et que les personnes déférées seraient sanctionnées. Rien de nouveau. Il l’avait déjà dit et cette répétition à la tonalité de plus en plus dramatique exprime une impuissance qui accentue notre scepticisme démocratique.

Le ministre de l’Intérieur est allé, dans la soirée du 16 mars, soutenir policiers et gendarmes et prendre acte de l’état lamentable des lieux, de cette superbe avenue des Champs-Élysées défigurée et meurtrie.

Anne Hidalgo est venue également mais, menacée, a dû repartir plus vite que prévu.

Je dois manquer d’imagination mais je perçois mal, en dépit des critiques inévitables de l’opposition, ce que le pouvoir va pouvoir faire surgir d’inédit de son carquois républicain pour, enfin, garantir la tranquillité publique et faire cesser cette chienlit qui engendre des victimes de toutes sortes.

En croyant faire un coup politique habile, le Président a saisi le Conseil constitutionnel pour la loi anti-casseurs. Si certaines de ses dispositions ne sont pas validées, comment réagir ?

Je suis d’autant plus inquiet que cette fureur destructrice avait été annoncée et que, cependant, elle a débordé un impressionnant et nécessaire dispositif d’ordre et de sécurité.

Laisser entendre que cette violence serait organisée par le pouvoir est une absurdité et, pire, une offense. Si certains continuent à faire preuve de complaisance à l’égard des gilets jaunes dont beaucoup ont été, pourtant alertés, intimement mêlés aux casseurs en profitant honteusement de l’occasion de spoliations offerte par d’inqualifiables destructions ciblées, ils seront irresponsables ou d’une naïveté confondante.

Ce n’est pas le pouvoir qu’on doit accabler. Même s’il ne rassure pas parce qu’il ne parvient pas à être efficace et décisif dans ce qui relève de sa mission régalienne centrale : protéger les citoyens et les lieux, assurer la sauvegarde des personnes et des biens face à des émeutiers compulsifs qui veulent sa « peau ».

On a trop ennoblis ceux-ci depuis des semaines et pendant qu’on construisait une mythologie à leur sujet, la France les laissait trop s’ébattre, comme si elle leur appartenait exclusivement et que, de leur bouche, ne sortaient que des paroles d’évangile. Encensés, le vertige les a saisis et le voudraient-ils qu’ils seraient incapables, aujourd’hui, d’arrêter une machine qui les rend fous à force de n’être pas entravée !

Le président de la République n’a pas besoin de ce défi considérable – il ne peut pas ne pas donner un semblant de réponse à sa proclamation volontariste du 16 mars – alors qu’il se trouve déjà dans une conjoncture où, paradoxalement, le succès du grand débat national imposé par les gilets jaunes (dont beaucoup le récusent, maintenant, en doutant des conclusions qui en seront tirées) va le contraindre à ne pas décevoir. Ce ne sera pas un exercice simple que de dégager l’essentiel d’une richesse effervescente, multiple et contradictoire avec la probable rançon de trop de citoyens frustrés, la montagne démocratique n’accouchant peut-être que d’une souris ?

Dans les jours et les semaines qui viennent, on saura si Emmanuel Macron est un Président dépassé ou le chef revigoré d’un État redevenu enfin républicain.

Après ce lendemain de sauvagerie…

Extrait de : Justice au Singulier

À lire aussi

C’est le pouvoir lui-même qui dysfonctionne !

"Recadré par le président, Castaner n'a plus droit à l'erreur." Certes, mais le président …