Editoriaux - Education - 2 juin 2018

Parcoursup : l’angoisse, vraiment ?

« L’étudiant est né libre, et Parcoursup, pour lui, c’est l’enfer. » Ainsi pourrait se résumer la plainte de l’UNEF médiatisée sur toutes les chaînes, relative à l’« angoisse » des futurs bacheliers, à J-16 de l’épreuve de « philo ».

Relativisons. Avant l’ère du « benchmarking » cher à monsieur Collomb, on ne faisait pas son choix sur le supermarché des formations, on pensait avant tout à réussir son bac. L’angoisse était notre compagne d’octobre à juin compris. Sitôt les résultats connus, il fallait déposer à toute vitesse nos dossiers, et si nous devions « passer l’oral », adieu les prépas ou les bonnes facs prises d’assaut par les premiers arrivés. Mais même reçus « du premier coup », nous n’étions jamais sûrs d’être admis là où nous avions postulé.

Aujourd’hui, lycéen, dès novembre-décembre, te dit Parcoursup dans un tendre tutoiement, « tu commences à t’informer et à définir ton projet d’orientation. À partir de janvier s’ouvre la période de saisie des vœux. » Étoile filante ou pas, tu peux faire un vœu. Pas seulement un, du reste, mais dix ! Et ce, jusqu’au 13 mars à 18 h.

Et si trois mois ne t’ont pas suffi, tu peux « préciser ton projet » jusqu’au 31 mars. Puis chacun de tes vœux fait l’objet d’une fiche d’appréciation par les profs du conseil de classe du 2e trimestre et recueille l’avis du chef d’établissement. Les fiches sont ensuite envoyées aux « formations demandées ».

« À partir du 22 mai, tu reçois les propositions des établissements d’enseignement supérieur pour chacun de tes vœux, et tu réponds aux propositions qui te sont faites dans le délai imparti.
Si tu reçois plusieurs propositions, tu dois en choisir une. Mais tu peux aussi conserver tes vœux en attente si tu le demandes.
Une fois la proposition acceptée, tu dois t’inscrire dans l’établissement choisi. Consulte alors les modalités d’inscription administrative de ta formation. »

On ne saurait être plus paternel, plus détaillé, plus clair.

Mais il manque au « package » une boîte de Lexomil, car c’est après que commence le possible drame : « Et si je n’ai pas de proposition ? » Rassure-toi, ta nounou Parcoursup a tout prévu. Après les épreuves, à partir du 26 juin, si sœur Anne ne voit toujours rien venir, « tu pourras formuler de nouveaux vœux dans les formations où des places restent vacantes ».

Et après les résultats, le 5 juillet, si, par miracle compte tenu des fiches déplorables de tes profs, tu as le bac du premier coup, mais que « tu n’as toujours pas reçu de proposition d’admission, une commission d’accès à l’enseignement supérieur va examiner ta situation pour te proposer d’autres formations ayant des places disponibles et les plus proches possibles de tes vœux de départ ». Après le 11 juillet, résultat des oraux, pour les « derniers de cordée », pareil.

Si ça n’est pas être chouchouté, ça… Elle est où, l’angoisse ?

Moi, je la sens plutôt côté des profs d’université qui doivent examiner dix fiches de 812.000 candidats, soit 8.120.000, et les confronter aux 812.000 dossiers contenant, chacun, tous les bulletins, un avis du professeur principal pour chaque vœu, deux avis du proviseur, etc.

Parcoursup pourrait bien, en effet, être l’enfer, mais pas que pour les bacheliers !

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