Le paradoxe européen de Macron et Ménard

 

Le Président Emmanuel Macron s’exprimait de Grèce à propos de l’Europe le 7 septembre. Malgré un verbe pompeux à souhait, il y a (chose rare à ce niveau de responsabilité) avoué la grande trahison :

« Par l’ampleur qu’il a prise, l’élargissement qu’il a connu, la diversité qu’il a adoptée, le projet européen s’est soudain heurté, voilà un peu plus de dix ans, à un refus du peuple, des peuples. Ce qui s’est passé en 2005 en Europe, en France, aux Pays-Bas, ce sont des peuples parmi les États fondateurs qui ont d’un seul coup décidé que ce projet n’était plus pour eux. Les avons-nous entendus ? Non. Ceux qui dirigeaient l’Europe ont décidé de ne pas respecter ce choix ; ils ont fait comme si de rien n’était, ont cherché des accommodements à côté du peuple comme pour continuer une méthode qui pendant des décennies avait si bien réussi : celle de faire l’Europe un peu à part et d’expliquer ensuite. »

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Merci à lui pour cette lucidité qui ne lui coûte pas cher : il y a douze ans, il ne décidait de rien, ou si peu. Oui, les peuples et les nations ont été trahis par leurs dirigeants et par ceux de l’Europe. En même temps, l’idéal démocratique porté par le projet européen s’est fracassé contre le mur de certains intérêts. Les germes étaient déjà dans la monnaie unique, structurellement assujettie à un mode de fonctionnement monétariste sans que les peuples ne disposent de moyens démocratiques de se choisir un éventuel autre joug. Pire : les chefs continuent de piétiner cet idéal. Les indices ne manquent pas : soutien en Ukraine des europhiles contre les russophiles, nonobstant le caractère douteux et nauséabond de certains d’entre nos « alliés » ; sanctions promises aux trublions hongrois et polonais résolument hostiles à la doxa en vigueur sur l’immigration, etc. L’Union européenne ne serait plus qu’un organisme de mutualisation commode du lobbying des grands intérêts capitalistes. Quel gâchis !

Mais quelle est la crédibilité du Président lorsqu’il suggère d’y remédier par encore plus de souveraineté européenne ? Certes, il propose trois gadgets en apparence démocratiques : conventions pour refonder avec les citoyens le projet européen ; listes transnationales aux prochaines élections au Parlement ; échanges culturels. Peut-être que certains y croient, ou y ont intérêt. Plus probablement s’agit-il de hochets destinés à témoigner d’une bonne volonté démocratique que les faits se chargeront de démentir. Encore l’apparence qui prévaut sur la substance.

Petite incise de Robert Ménard dans son tableau de chasse contre la direction du Front national. Il déclarait le lendemain au micro de RMC :

« Il y a un problème de programme au FN. On ne peut pas expliquer que l’Europe est une espèce de dictature. »

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Savourons le paradoxe : Le président de l’establishment qui dénonce la carence démocratique de l’Union européenne et l’allié critique du Front national qui plaide non coupable de dictature pour elle. Peut-être qu’elle n’est pas tout à fait dictatoriale, ou pas encore, mais elle n’est déjà plus démocratique – et depuis longtemps.

Le projet d’un espace de paix, de démocratie, de prospérité et de solidarité dans l’ensemble des pays européens serait enthousiasmant s’il n’était pas si mal incarné par ce véhicule cabossé, accidenté de l’Union européenne. Est-il des garagistes capables de faire des miracles avec ce qui reste de tôles et de pièces intactes ? Vaut-il mieux se débarrasser de cette épave ? J’aimerais tant pouvoir redevenir pleinement europhile et abandonner mon scepticisme pour de l’espoir !

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