Laurent Dandrieu : « Le pape François a l’habitude de procéder par coups et contrecoups »

Journaliste, critique de cinéma
 

À son retour de Colombie, le pape François a parlé de « prudence » dans l’accueil des réfugiés, comme il l’avait déjà fait en novembre 2016 : nuance ou incohérence ?

Dans l’avion du retour de Colombie, le Pape a tempéré son discours de la journée mondiale du réfugié.
Il a introduit cette fois le concept de « prudence » dans l’intégration et l’accueil des réfugiés.
Est-ce selon vous un revirement, ou est-ce qu’il a ainsi précisé le fond de sa pensée ?

Il n’y a rien de nouveau. Il avait déjà tenu des propos un peu similaires au retour de son voyage de Stockholm le 1er novembre 2016.
Il avait déjà insisté sur la prudence dans l’intégration. C’est une habitude du pape François de procéder comme cela par coup et par contre coup.
La question est de savoir s’il introduit de la nuance ou de l’incohérence.
Le principe de prudence est une très bonne chose, mais on ne comprend pas très bien comment des gouvernements peuvent être appelés à la prudence quand par ailleurs dans le texte qu’il a publié cet été, il réclame par exemple des droits égaux pour les migrants qu’ils soient clandestins ou légaux.
Il apparaît compliqué d’exercer la prudence et de favoriser l’intégration quand on dit aussi qu’il faut absolument respecter la culture d’origine des migrants.
Le pape oppose tout un tas de revendications pratiques aux États qui concrètement semblent totalement contradictoires avec l’idée de prudence qu’il met en avant.

Est-ce qu’il s’agit d’une espèce d’excès d’angélisme et de béatitude ou est-ce qu’il s’agit finalement du message réel que doit porter l’Eglise ?

Je pense que le pape dit le fond de sa pensée.
Est-ce que c’est un discours auquel les catholiques sont condamnés ? Je ne crois pas du tout.
Je pense que c’est d’abord une confusion entre les ordres, entre l’ordre de la charité et l’ordre de la politique.
Le pape dit par exemple dans cette conférence de presse « qu’il faut une ouverture du coeur qui nous commande de recevoir les immigrés ».
Cela me paraît une confusion typique de cette confusion. L’ouverture du coeur nous oblige à bien traiter les immigrés que nous rencontrons. En revanche, cela ne nous oblige pas du tout à les recevoir dans les sens où il faudrait ouvrir les frontières et accepter toutes les demandes des migrants.

Il me semble qu’il y a une conception un peu fausse ou biaisée de la charité. On ne se soucie pas tellement du bien réel des personnes. Je pense qu’un discours vraiment catholique inverserait les priorités en considérant que la première chose c’est effectivement le développement des pays d’émigration de manière à ce que les candidats à l’émigration n’aient plus besoin, ne soient plus tentés d’avoir à émigrer.

L’exil n’est qu’une solution de dernier recours. Or, on a l’impression que dans le discours de l’Église, il apparaît une idéologie du tout migratoire. Le discours sur le développement des pays africains est un bémol apporté de temps à autre pour compenser cela.

Par ailleurs, je trouve un peu agaçante cette récurrence du thème de la colonisation comme le seul responsable du problème africain. Il me semble qu’il y a un certain nombre de carences dans la gestion de l’Afrique par les gouvernements africains. Elles sont aussi largement responsables de ces problèmes.

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