Culture - Editoriaux - Fake News - Médias - Radio - 30 septembre 2017

Le pape en croisade contre les « fake news »

La nouvelle s’est propagée comme une traînée de poudre, plus vite peut-être que des « fake news » ! Le pape va justement partir en croisade contre ces fameuses « fake news », ces nouvelles, délibérément fausses, qui se répandent à travers le monde, notamment par le biais des réseaux sociaux. Notons que l’expression anglaise est désormais entrée dans les usages avec la connotation quasi idéologique qu’elle revêt aujourd’hui : les « fake news » – ne tournons pas autour du pot – serviraient principalement à développer les sentiments populistes des opinions publiques.

Le pape, en ce jour de fête des saints archanges Michel, Gabriel et Raphaël, ces chargés de la communication divine, a donc annoncé par tweet que le thème de la 52e Journée mondiale des communications sociales, le 13 mai 2018, portera sur les « fausses nouvelles ». « Thème pour la Journée de la Communication 2018 : “La vérité vous rendra libres” (Jn 8, 32). Fausses nouvelles et journalisme de paix. »

Cette journée fut inaugurée en 1967 par le pape Paul VI, dans le sillage du concile Vatican II et à la suite d’un décret promulgué en 1963, « Inter mirifica », portant sur les moyens de communication sociale. « L’Église notre Mère sait que ces instruments, quand ils sont utilisés correctement, rendent de grands services au genre humain : ils contribuent, en effet, d’une manière efficace au délassement et à la culture de l’esprit, ainsi qu’à l’extension et à l’affermissement du règne de Dieu. Mais elle sait aussi que les hommes peuvent les utiliser à l’encontre des desseins du Créateur et les tourner à leur propre perte. Son cœur maternel est angoissé à la vue des dommages que bien souvent leur mauvais usage a déjà causés à l’humanité. » Un constat toujours d’actualité.

En lisant ces lignes tirées du décret de Paul VI, on voit qu’on est loin de l’interprétation réductrice que la plupart des médias « mainstream » veulent donner à ce « tweet papal ». En cela, il est vrai, ils sont aidés par un passage du communiqué du Vatican qui annonce officiellement le thème de cette journée 2018. Je cite : « Lors d’une conférence, le jeudi 28 septembre 2017, le préfet du Secrétariat pour la Communication, Mgr Dario Edoardo Viganò, avait présenté la radio comme un rempart contre les « fake news », qui deviennent souvent virales sur les réseaux sociaux, comme la campagne présidentielle américaine de 2016 l’a montré avec une particulière
ampleur. »
En quoi, en effet, la radio serait-elle un rempart contre les « fake news » ? Le monsignore ignore sans doute ce que chantait Pierre Dac à la radio de Londres pendant la Seconde Guerre mondiale : « Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand. » Et lorsqu’on écoute certains journalistes de radio, ne peut-on pas se demander si leurs éditoriaux « rendent de grands services au genre humain », pour reprendre les termes d’« Inter mirifica », et ne causent pas autant de dommages, sinon plus, que ces fameuses « fake news » ?

Mais, au fait, qu’est-ce qu’une fausse nouvelle, tout du moins si l’on veut bien s’élever au niveau des préoccupations qui doivent être celles de l’Église ? Sa mission essentielle n’est-elle pas, en effet, de prêcher, justement, la Bonne Nouvelle – c’est-à-dire littéralement l’Évangile -, et non pas de servir d’auxiliaire au « Decodex du Monde » ? « Bonne Nouvelle » doit s’entendre comme bénéfique pour le salut des hommes, mais aussi comme nouvelle vraie, c’est-à-dire le contraire de la fausse nouvelle. Or, au plan théologique, n’existe-t-il pas de fausses nouvelles – des « fake news », donc – qui se répandent chaque jour un peu plus dans le monde ? Leur propagation virulente, et même violente, ne semble pourtant pas émouvoir plus que cela le pontife romain…

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