Editoriaux - Immigration et diversité - Médias - 14 décembre 2018

Pacte de Marrakech, “Big Brother is watching you!”

« En France, la révolte viendra du rejet de l’immigration » (AgoraVox du 29/9/17) ; « 73 % des Français sont opposés à assumer fiscalement le coût de l’accueil des migrants » (sondage IFOP 2005) ; « L’immigration coûte 70 à 80 milliards par an » (Marine Le Pen)…

L’immigration sera-t-elle encore un sujet ? Avec la future loi sur les « infox » et l’objectif 17 du pacte de Marrakech signé lundi dernier, on peut craindre le pire.

Déjà menacée par le projet de loi sur les « fake news » ou « infox », notre liberté de parole n’en finit plus d’être malmenée. Approuvée le 20 novembre dernier par l’Assemblée nationale malgré son rejet par le Sénat, la loi contre la manipulation de l’information devrait voir le jour pour la période électorale des européennes. Elle donne des pouvoirs exorbitants au juge saisi par n’importe quel citoyen (« toute personne ayant intérêt à agir ») de censurer un média ayant délivré « une information de nature à altérer la sincérité d’un scrutin » dans un délai de 48 heures. Conçue pour un temps limité (une période de trois mois avant l’élection), elle a de quoi nous inquiéter car qui aura mission de dire ce qui est une bonne ou une mauvaise information ? La candidature au comité de censure de Boulevard Voltaire risque de faire pâle figure à côté de Libé et du Monde, qui ont déjà une bonne expérience en la matière…

Mais cette prochaine loi n’est rien, comparé à ce qui se pratique déjà au quotidien des Français. Depuis 2015, les réseaux sociaux comme le célèbre Facebook mènent une lutte implacable pour protéger le citoyen des « infox ». C’est le journal Le Monde (toujours lui ) qui raconte s’être rendu à Barcelone, dans les bureaux où Facebook traque les contenus « non conformes » : « 800 personnes y utilisent un logiciel qui détecte les images, les mots et les contenus suspects ». Dans le monde entier, pas moins de 30.000 salariés Facebook « travaillent à désinfecter le réseau ». Les responsables de Génération identitaire qui ont vu leur compte Facebook fermer quelques jours seulement après leur opération médiatique au col de l’Échelle en avril dernier n’ont sans doute pas échappé à leur vigilance.

Les petites fourmis besogneuses ont des outils et pas des moindres : pour la France, des médias triés sur le volet comme Libé (« Désintox ») ou Le Monde (« Les Décodeurs ») jouent le rôle d’alerte pour rapporter à Facebook les contenus qu’ils jugent inappropriés à leur goût.

Cette collaboration est fructueuse, Libé ne fait pas mystère de sa rémunération par Facebook, même si « le montant versé dépend du nombre des papiers vérifiés » (CheckNews.fr du 8/1/18). Double aubaine pour les mouchards : être « média de référence » et rétribué ! Le site dédié CheckNews (maison Libé) s’emploie à rétablir la bonne info. Cette semaine, il s’est beaucoup évertué à démonter toutes les rumeurs qui circulent au sujet du pacte de Marrakech.

Quoi qu’en disent les « nouveaux référents », en signant de la main gauche ce pacte destiné à favoriser les migrations (sa droite étant accaparée par les distributions de primes aux gilets jaunes), Emmanuel Macron a ouvert là un nouveau chapitre de l’histoire de la censure médiatique. Sur le thème de l’immigration exclusivement. En s’engageant à « éliminer toutes les formes de discrimination et à encourager un débat public fondé sur l’analyse des faits afin de faire évoluer la manière dont les migrations sont perçues » (objectif 17 du pacte de Marrakech), la France, désormais, envisage d’« instituer des normes déontologiques pour le journalisme et la publicité », de « cesser d’allouer des fonds publics ou d’apporter un soutien matériel aux médias qui propagent systématiquement l’intolérance, la xénophobie, le racisme et les autres formes de discrimination envers les migrants ».

Élaboré dans les salons feutrés de l’ONU, bien loin des préoccupations des Gaulois réfractaires, ce texte, présenté comme « non contraignant », a pourtant bien été accepté par la France. Nul ne l’y obligeait, les États-Unis, Israël, la Hongrie et bien d’autres n’ont pas souhaité se mettre la corde au cou. En toute liberté, donc, en France, le thème de l’immigration devra désormais être présenté de manière positive sous le regard bienveillant de l’ONU, nouveau Big Brother de l’info.

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