Editoriaux - Fake News - Livres - Presse - Radio - 5 janvier 2018

P.O.L. n’a jamais publié Renaud Camus : une « fake news » par omission ?

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Paul Otchakovsky-Laurens n’a pas disparu ; il est mort. Le seul qui ait disparu, c’est Renaud Camus ; et il est vivant. Mais expliquons-nous.

L’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens est mort, mardi, dans un accident de voiture. Or, comme Le Monde dresse la liste des auteurs publiés, et parfois découverts, par le fondateur de la maison P.O.L., il cite « Georges Perec, Marguerite Duras, Emmanuel Carrère, Marie Darrieussecq, Jean Rolin » – et pas Renaud Camus. Quelques heures plus tard, c’est à la radio que les critiques évoquent la carrière de Paul Otchakovsky-Laurens, et citent une trentaine d’auteurs – et toujours pas Renaud Camus, qui a publié trente-sept livres aux éditions P.O.L., et qui a été publié par Paul Otchakovsky-Laurens, aux Éditions Flammarion, avant même que l’éditeur ne fonde sa propre maison.

Pour faire disparaître ce qui ne lui plaît pas, le pouvoir a deux solutions : il supprime ou il submerge. Quand un opposant ne lui plaît plus, il le fait disparaître des listes et des photographies ; quand un artiste ne lui plaît pas, il le submerge d’autres noms et d’autres visages. Avec la mort de Paul Otchakovsky-Laurens, le pouvoir s’est surpassé : il a supprimé en submergeant.

Renaud Camus est cet écrivain que le grand public connaît pour l’expression « Grand Remplacement » ; il est aussi le plus grand styliste français vivant, l’auteur qui a pris à rebrousse-poil toute son époque, à travers une œuvre protéiforme, forte d’une centaine de volumes – romans, essais, mélanges, journaux, livres de voyage –, dont un tiers a paru aux éditions P.O.L., donc. On s’attendrait naïvement à ce que la presse mentionne au moins son nom – mais non, ce serait encore trop.

En réalité, nous sommes toujours trop naïfs : nous voulons croire que le pouvoir se bat avec les mêmes armes que nous – non, évidemment, et une de ses armes préférées, c’est encore la gomme. Il y a, cependant, un avantage à cet effacement : la disparition est criante de vérité ; littéralement, la disparition crie la vérité – et fait apparaître en pleine lumière la propagande, l’idéologie, la censure –, le pouvoir arbitraire est sûr de sa force.

Mais laissons le dernier mort à Renaud Camus lui-même :

À propos de la mort de Paul Otchakovsky, qui m’attriste, à l’échelle minuscule de ma disparition des commentaires (je suis l’auteur dont il publia le plus de livres…), j’observe le “traitement médiatique”, comme pour le Grand Remplacement : ce qui ne convient pas n’existe pas.

Pour le dire autrement : Paul Otchakovsky-Laurens meurt au moment où Mme Vallaud-Belkacem devient éditrice chez Fayard. Quant à Renaud Camus, qui a publié la plus grande partie de son œuvre chez P.O.L. et chez Fayard, il publie ses livres seul, désormais : ce qui ne convient pas existe quand même, en dépit de tout, en dépit des gommes, en dépit du pouvoir.

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