Cinéma - Editoriaux - 25 février 2019

Oscar et César sont dans un bateau : tout le monde à la mer !

L’avantage des Oscar et des César, c’est de permettre, une fois l’an, de humer l’air du temps, pour le meilleur du pire et inversement. Aux USA, passée la traditionnelle minute de haine trumpophobe, deux statuettes ont donc récompensé le moins pire du meilleur, en matière de cinéma ricain.

Spike Lee, évidemment, avec une statuette de la meilleure adaptation pour son excellent BlacKkKlansman ; un Noir qui infiltre le KKK, ça ne s’invente pas, puisque le tout inspiré d’une « histoire vraie ». Au-delà de son discours, un brin crétin, de circonstance, il faut reconnaître à Spike Lee d’être un auteur à part entière, d’avoir su créer une œuvre cohérente ; même si, pour ce faire, il n’a pas hésité à bousculer nombre de clichés, au sein même de sa propre communauté. Ainsi, Jungle Fever, en 1991, film montrant qu’un Noir pouvait se montrer aussi raciste qu’un Blanc, fit beaucoup tousser chez les ligues de vertu, des deux côtés de l’Atlantique.

Toujours dans le même registre, l’Oscar du meilleur film revient à Green Book, de Peter Farrelly. Là, toujours inspiré d’une autre « histoire vraie » – c’est-à-dire plus ou moins « vraie », à en croire les actuelles polémiques –, Viggo Mortensen, Italo-Américain mal dégrossi, sert de chauffeur et de garde du corps à Ali Mahershala, meilleur second rôle, dans celui du premier pianiste classique afro-américain, à l’occasion d’une tournée dans les États du Sud, en pleine ségrégation raciale. Voilà qui aurait pu être aussi nigaud que convenu. Eh bien, non, comme quoi on peut faire un film qui soit antiraciste et intelligent à la fois.

En France, c’est un peu une autre affaire, tant bonne humeur et sens inné de la poilade semblent avoir boudé cette 44e cérémonie des César. Les femmes battues ? Jusqu’à la garde : meilleur film pour Xavier Legrand et meilleure actrice pour Léa Drucker. La pédophilie ? Les Chatouilles : meilleur second rôle féminin pour Karin Viard et meilleure adaptation pour ses adaptateurs. L’immigration, la délinquance et ses délices ? Shéhérazade : meilleur premier film pour Jean-Bernard Marlin, meilleur espoir féminin pour Kenza Fortas, meilleur espoir masculin pour Dylan Robert.

Pour demeurer dans le registre du gaz hilarant, il y a encore le César du meilleur documentaire, pour Ni juge, ni soumise, de Jean Libon et Yves Hinant. Dès qu’il s’agit de se claquer la panse, c’est évidemment Télérama qui sait trouver les mots qu’il faut : « Deux prostituées sauvagement assassinées dont il s’agit de retrouver les clients, morts ou vifs, grâce au contenu d’un vieux sac-poubelle plein de préservatifs, conservé comme un Rembrandt dans les sous-sols du palais de justice de Bruxelles. À chaque instant, le sordide côtoie la misère humaine la plus noire… » Youpi la fête !

Heureusement, deux statuettes remettent un peu à l’honneur un semblant de joie de vivre. Le César du meilleur second rôle, décerné à l’impayable chanteur Philippe Katerine, dans Le Grand Bain, de Gilles Lellouche, comédie populaire au meilleur sens du terme, partie grand favori et globalement bredouille repartie. Et, surtout, le César du meilleur premier rôle, dévolu à Alex Lutz, pour Guy, film dont il est également metteur en scène, consacré à une vedette, imaginaire mais plus authentique encore que de nature, de la chanson française à l’ancienne.

Là, c’est Rock & Folk qui trouve véritablement les mots qu’il faut, sous la plume de Bertrand Burgalat, autre grand musicien présidant aux destinées de Tricatel, le plus franco-français des labels : « Il y a eu beaucoup de longs métrages lamentables sur ceux que les clercs du tertiaire considèrent comme des ringards et des ploucs, chanteurs populaires et autres balochards. Alex Lutz raconte cette histoire-là avec amour et sans condescendance. »

C’était bien de le dire et, encore mieux, de le dire aussi bien.

PS : Les Tuche 3 ont aussi reçu le César du public. De quoi faire, parfois, douter de la pertinence du RIC.

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