Ils ont réussi à trumpiser Fillon !

Satiriste polémiste
 

Octobre 2016, à peine un mois avant le scrutin présidentiel américain, la famille Bush et la presse anti-Trump – la quasi-totalité des médias, donc – exhumaient la vidéo qui devait enfin tuer le coriace Donald. Au pays du puritanisme, personne ne pouvait survivre politiquement à la diffusion d’un tel document, puisque le candidat mal-aimé s’y vantait grossièrement de vouloir abuser d’une femme mariée. Hillary Clinton était, désormais, convaincue de devenir la première femme présidente de l’histoire des États-Unis et les caciques de la droite se frottaient les mains dans l’attente d’un plan B ! Les deux anciens candidats républicains, John McCain et Mitt Romney, annonçaient bravement leur défection par des tweets assassins, suivis d’innombrables élus ; même le futur vice-président Mike Pence songea à démissionner. Au NY Times comme au Monde, on exhultait : Trump était politiquement mort.

On sait ce qu’il en fut : Donald affronta la tempête et força ainsi le respect de l’Amérique profonde. Beaucoup se convainquirent qu’un homme capable de survivre à une telle attaque serait peut-être bien capable de tenir ses promesses une fois élu et de libérer le peuple américain de sa toute-puissante oligarchie. Un mois plus tard, des gens qui n’avaient jamais voté de leur vie se rendaient aux urnes pour assurer la victoire surprise du trublion.

Le terne François Fillon, vainqueur des primaires sur un programme relativement droitier, mais aussitôt chapeauté par la fausse droite des juppéistes, lemairistes et autres lagardistes, ne méritait évidemment pas un tel traitement de la part d’un système qui l’eût bien facilement corrompu. Et pourtant, la perspective d’un second tour entre la populiste Marine Le Pen et le très vaguement conservateur Fillon était déjà trop pour la caste libérale sociétale. On crut donc judicieux d’exploiter jusqu’à la corde le Penelopegate, un scandale potentiellement mortel dans le pays de l’égalitarisme jaloux. Personne n’aurait imaginé que le pâle Fillon résistât bien longtemps aux défections et aux appels à la démission.

Et voilà non seulement que Fillon tient le coup, commençant à s’attirer le respect de tous ceux qui détestent que l’on s’acharne sur un homme à terre, mais que celui-ci, pour contrer l’attaque, se droitise de manière presque caricaturale, entre son discours à la Sarko-Buisson de Nîmes et son appel à la manifestation du Trocadéro contre « le coup d’État judiciaire et médiatique » – du Donald Trump dans le texte ! La bien-pensance ne s’y trompe pas, elle qui n’hésite pas à comparer cette manifestation aux émeutes des ligues d’extrême droite du 6 février 1934. Réussir à transformer François Fillon en épigone du colonel de La Roque et de Donald Trump, il fallait le faire. Chapeau, la gauche !

Si le « coup d’État » échoue – ce qui est désormais probable -, François Fillon n’aura plus qu’à poursuivre sur cette voie qui a jadis permis l’élection de Jacques Chirac en 1995, puis celle de Nicolas Sarkozy en 2007. Le scénario redouté par les hollandistes mués en macronistes, à savoir un second tour Fillon-Le Pen, redevient le plus vraisemblable, à cette différence près que les attaques irrégulières de la gauche politique, médiatique et judiciaire auront conduit François Fillon à adopter une ligne beaucoup plus populiste, et Marine Le Pen une ligne plus conservatrice. La droite peut donc remporter la victoire dès le 23 avril.

C’est à ce moment-là, seulement, que la question se posera de savoir si François Fillon est plus fiable que Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ou si le temps est venu de franchir le Rubicon en élisant Marine Le Pen.

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