Thibaud Collin : « On peut être catholique et voter FN bien sûr ! »

Le journal Le Monde s’est indigné que les évêques de France n’appellent pas clairement à vote Emmanuel Macron, parlant de « faute morale ».

Le philosophe Thibaud Collin se félicite que les évêques aient courageusement résisté au rouleau compresseur médiatique en rappelant ce que l’Église a toujours enseigné : chacun doit voter en conscience. Cela implique de former sa conscience et d’essayer d’estimer en prudence quel serait le meilleur programme, ou parfois le moins mauvais, pour faire avancer le bien commun dans notre pays.

Le journal Le Monde s’est indigné parce que les évêques de France n’appelaient pas clairement à voter pour Emmanuel Macron, parlant notamment de « faute morale ».
Comment expliquer que les évêques ne prennent pas position dans cette élection?

Les évêques, courageusement, savent résister au rouleau compresseur médiatique et bien pensant, et rappellent ce que l’Église a toujours enseigné dans la doctrine sociale, c’est-à-dire que les chrétiens, et tout le monde d’ailleurs, doivent voter en conscience.
Cela implique évidemment de former sa conscience et d’essayer d’estimer en prudence quel serait le meilleur programme, ou parfois le moins mauvais, pour faire avancer et promouvoir le bien commun de notre pays.

Il y a effectivement beaucoup de catholiques, mais même des gens de droite, qui sont bloqués sur la question des valeurs et de l’anthropologie avec Emmanuel Macron.
Qu’est-ce qui est gênant dans son programme ?

Il y a un point essentiel qu’il faut quand même rappeler, c’est l’extension de la PMA pour toutes les femmes qui le souhaitent, qu’elles soient en couple lesbien ou qu’elles soient seules. C’est évidemment une consécration du droit à l’enfant et la fabrication d’enfants privés de père par principe.

Emmanuel Macron veut effectivement la PMA pour tous et pour toutes surtout. En revanche, hier, lors du débat face à Marine Le Pen, il a eu l’air de dire qu’il était contre la GPA en toute circonstance.
Qu’est-ce qu’il en est exactement ?

Je prends acte du fait que monsieur Macron est contre la GPA. Tant mieux ! Sauf qu’il a quand même dit hier soir qu’il ne s’opposerait pas au fait de donner un état civil français à des enfants issus de GPA à l’étranger, avec ce sophisme que ces enfants n’auraient pas d’état civil. Or, évidemment, un enfant qui naît à l’étranger a l’état civil de son pays.
Donc il me semble qu’on est tout à fait fondé, comme Sylviane Agacinski l’a dit dans Le Figaro il y a quelques jours, à penser que Emmanuel Macron n’est pas absolument fiable sur ce sujet.

Les questions de famille, de PMA et de GPA, sont très souvent évoquées à l’égard d’Emmanuel Macron. À l’inverse, celle de la xénophobie de Marine Le Pen est souvent évoquée.
Comment peut-on se placer par rapport à cette question et Marine Le Pen ?

D’abord, il faut revenir à l’origine : phobos, en grec, ça veut dire la peur, la crainte, et pas la haine.
La question n’est pas d’avoir peur de l’étranger ou de tel individu que je peux rencontrer. Là, on est face à des phénomènes migratoires très puissants qui vont s’accentuer dans les décennies à venir avec une démographie africaine en plein boom et une démographie européenne en plein crack.
Ces flux migratoires posent a fortiori un problème en raison de la situation économique de notre pays, mais aussi du multiculturalisme que la France a choisi depuis plusieurs décennies. Et ça, ce n’est pas de leur faute. C’est qu’on ne peut plus vraiment les accueillir pour en faire, entre guillemets, des « Français » puisqu’on refuse finalement le modèle de l’assimilation.
Donc il me semble que, ici, la peur de l’étranger n’est pas la peur de l’étranger en tant que personne. En tant que personne humaine, cette personne doit être respectée évidemment. Mais c’est une peur de ce qu’implique fondamentalement, par rapport à notre bien commun national, dans les décennies à venir et dès maintenant, le changement culturel que ça induit. Culturel et bien sûr religieux, puisque, comme on le sait, une bonne partie des personnes immigrées qui viennent en France sont de confession musulmane. Cela renforce évidemment le problème de l’intégration.
Il me semble que la vraie solution aux flux migratoires n’est pas de faire croire qu’on peut accueillir encore des millions de personnes étrangères sur notre territoire, mais effectivement tout faire pour stabiliser ces personnes dans ces pays.
Cela implique évidemment de sortir d’une logique où ces pays sont simplement vus comme des réserves de matières premières ou de l’exploitation de main-d’œuvre à bas coûts. Il s’agit effectivement d’être au service du bien commun de ces pays par des politiques adéquates.

On dit souvent qu’on ne peut pas être catholique et voter Front national. C’est une phrase qu’on n’entend pas à l’égard des autres partis. Vous, vous dites : « On peut être catholique et voter Front national, comme on peut voter pour les autres partis. »

Bien sûr, le Front national est un parti comme un autre.
On essaye de nous faire croire que c’est un parti exceptionnel qui, en aucun cas, ne pourrait participer au débat démocratique. Dans ce cas-là, il faudrait tout simplement l’interdire.
L’autre jour, un éditorial du Monde parlait de Marine Le Pen comme d’une ennemie irréductible, qui est en fait un appel à la guerre civile.
Évidemment, Marine Le Pen souscrit aux institutions républicaines et cherche le bien commun de son pays.
On peut évidemment avoir des avis tout à fait divergents, voire opposés, au programme du Front national, mais en aucun cas, me semble-t-il, ce n’est un parti exceptionnel. De toute façon, il aurait été interdit.

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