Editoriaux - Politique - 11 février 2019

On aura tout vu ! Quand Manuel Valls défile « avec » l’extrême droite espagnole…

En mars 2015, et ce, non sans raison, Manuel Valls dénonçait la « perte de repères » poussant un Michel Onfray à « préférer une analyse juste d’Alain de Benoist à une analyse fausse de Bernard-Henri Lévy ». Il est vrai que mettre sur le même niveau intellectuel un Alain de Benoist à un Bernard-Henri Lévy a de quoi donner le tournis et faire douter de la bonne santé intellectuelle d’un homme pourtant préposé aux plus hautes fonctions républicaines. Toujours à propos de « tournis », le même Manuel Valls assurait, quelques années plus tôt, à propos de la Manif pour tous : « On ne peut pas appeler à la rue pour contester la légitimité d’une politique. »

Et c’est le même Manuel Valls qui, le 10 février 2019, défile dans la « rue » madrilène pour s’opposer à la « légitimité » du gouvernement en place, tenant des urnes, certes indirectement (Sanchez a été élu par les Cortès à l’occasion d’une coalition de circonstance), sa « légitimité » démocratique ; celui du socialiste Pedro Sánchez. Une première « perte de repères » à laquelle vient s’en ajouter une autre, consistant à manifester, non pas bras dessus, bras dessous, mais non loin de l’extrême droite locale – Vox, pour ne pas la nommer.

À en croire Valeurs actuelles, le candidat à la mairie de Barcelone aurait retrouvé ses « repères » en assurant : « Je n’étais pas aux côtés de l’extrême droite et ici les gens viennent avec leurs différentes identités, c’est toujours le vieux débat de mettre des étiquettes. » « Mettre des étiquettes » à ses adversaires ? Voilà qui ne serait jamais arrivé à un Manuel Valls, tel qu’en témoigne sa sortie hystérique de 2015, à l’Assemblée nationale, face à une Marion Maréchal, à l’occasion de laquelle il perdit, non point ses « repères », mais juste ses moyens, dans son assez belle imitation de Sacha Baron Cohen, humoriste britannique, impayable lorsque incarnant un journaliste kazakh.

Revenons-en plutôt au macronien Manuel Valls, ici et de justesse apparenté « En Marche ! », mais se contentant, là-bas, de marcher à Madrid, défilant aux côtés du Parti populaire (droite), de Ciudadanos (libéraux) et, donc, de Vox (extrême droite), mouvements (paraît-il) prêts à former une coalition gouvernementale propre à renverser les socialistes au pouvoir et d’en finir du dialogue engagé par ces derniers avec les indépendantistes catalans. Faute de retrouver ses « repères », cela n’aurait pas, pour lui, la saveur de l’inédit, sachant qu’en Israël, de telles cohabitations existent et perdurent depuis belle lurette, ce, dans l’indifférence médiatique générale, entre droites extrêmes à fondement religieux et droite donnée pour être de gouvernement.

Finalement, rien qui ne puisse déstabiliser celui qui, de par son mariage avec la violoniste Anne Gravoin, prétendait, un certain 11 juin 2011, « être lié de manière éternelle à Israël ». Tel que disait Woody Allen, l’éternité, c’est long ; surtout sur la fin. D’où, peut-être, cette rupture avec la joueuse de crincrin annoncée dans les colonnes de Paris Match, le 18 avril 2018. Comme quoi on peut à la fois prôner le séparatisme conjugal et lutter contre celui de la Catalogne.

En attendant, Santiago Abascal, leader de Vox, dénonce « la trahison d’un gouvernement illégitime et menteur, soutenu par les ennemis de l’Espagne ». C’est beau comme du Francisco Franco, lui-même assez rétif – on le lui a assez reproché, et ce, non sans raison – vis-à-vis de tous les indépendantismes, agitant son Espagne « une, grande et libre » – qu’ils aient été basques ou… catalans. En attendant que Manuel Valls exige de pouvoir aller se recueillir sur la tombe du Caudillo, dans la vallée de los Caídos, prions pour nos amis espagnols…

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