OGM : interdire la culture plein champ

 

Le Conseil d’État a annulé, vendredi 15 avril, l’arrêté interdisant la commercialisation, l’utilisation et la culture du maïs MON810 du groupe Monsanto. Il s’agit d’une variété de maïs génétiquement modifiée en vue de lui donner une plus grande résistance aux insectes ravageurs. La Commission européenne avait autorisé sa mise sur le marché le 22 avril 1998. L’argumentaire étant que l’existence d’un « risque important mettant en péril de façon manifeste la santé humaine, la santé animale ou l’environnement » n’était pas démontrée.

Il est bien dommage que les écologistes anti-OGM, les juristes et autres décideurs n’aient pas les connaissances de base de la biotechnologie. Pour comprendre le risque, il suffit de connaître le procédé de fabrication d’un OGM. Pour une plante, il faut faire rentrer des gènes exogènes en utilisant la bactérie Agrobacterium tumefaciens comme vecteur, en ayant remplacé une partie de son génome par des gènes d’intérêt. Sauf que cette transformation ne marche pas à chaque fois, loin de là. Il faut donc que le fragment intégré comporte un marqueur de sélection. Qu’est ce qu’un marqueur de sélection ? C’est un gène qui permet de reconnaître les organismes transformés, en général une résistance à un antibiotique ou à un herbicide.

Une fois le procédé de transformation effectué, il ne reste qu’à sélectionner les organismes en les traitant avec l’antibiotique ou l’herbicide, ceux qui ont l’ADN inséré survivant, les autres mourant. De par ce procédé, tout organisme OGM possède une résistance à un antibiotique/pesticide. Les conséquences d’une telle résistance dépendent du contexte :
– Si l’on est en laboratoire, avec les déchets incinérés, aucun risque n’est à déplorer.
– Dans le cadre d’une industrie en milieu confiné, comme par exemple la production d’insuline en réacteur, aussi longtemps que les règles sont respectées, il n’y a pas de risque, mais des négligences peuvent avoir des conséquences, par exemple le « Monsanto islandais » nommé ORF fabrique des produits cosmétiques par OGM sur de l’orge sans respecter le confinement et sans incinération, ce qui pourrait entraîner des conséquences dramatiques.
– En revanche, une culture d’OGM en plein champ permet de disperser des gènes de résistance dans la nature. Il suffit d’une fois où une bactérie intègre le transgène pour que la dispersion s’effectue, surtout si le pesticide est présent. On aura alors un enrichissement de la population résistante. S’il s’agit d’une résistance antibiotique, alors toute personne infectée par cette bactérie aura un pronostic plus sérieux qu’une personne infectée par une souche sauvage. S’il s’agit d’une résistance à un herbicide, alors cette résistance pourra être transférée à d’autres plantes, rendant l’herbicide inefficace.

Certains vous diront que ceci est très peu probable, mais il faut tenir compte de ce que les statisticiens appellent la loi des grands nombres, et que le commun des mortels appelle la loi de Murphy : un événement qui a une faible probabilité, mais dont la possibilité d’arriver tend vers l’infini, finit par arriver ! En ayant des plantes OGM cultivées ou présentes un peu partout, sur une période illimitée, alors il est certain que ces gènes de résistance se répandront dans la nature.

Plusieurs politiciens ont protesté contre cette levée d’interdiction. Voici mon conseil si vous souhaitez être efficace : demandez l’interdiction de la culture en champ ouvert et l’utilisation de produits non transformés d’OGM contenant un gène de résistance, avec les explications ci-dessus, et vous obtiendrez l’interdiction définitive de cette variété et de celles à venir.

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