Editoriaux - 12 décembre 2018

Noël à Strasbourg ne sera plus jamais comme avant !

La tuerie de Strasbourg n’aurait pas de motivation terroriste et son auteur, un « Français » bon teint, ne serait qu’un vulgaire délinquant du grand banditisme, même s’il était fiché S et qu’il aurait crié Allah Akbar… Que n’a-t-on entendu ou plutôt sous-entendu, ici ou là, dans les commentaires distillés sur les plateaux de télévision, jusqu’à ce que le chef du parquet antiterroriste ne laisse planer aucun doute : « Le terrorisme a une nouvelle fois frappé notre territoire, nous rappelant de façon dramatique que la menace est toujours bien réelle. »

Comme si l’on avait pu en douter un seul instant… Comme si le marché de Noël de Strasbourg n’avait pas déjà fait l’objet d’un projet d’attentat avec des explosifs, comme le révéla le démantèlement d’une cellule d’Al-Qaïda en 2000. Comme si cette odieuse attaque d’aujourd’hui ne venait pas nous rappeler que la menace terroriste était plus sensible en Alsace qu’ailleurs. Comme si le Bas-Rhin n’était pas l’un des départements qui comptait le plus d’individus radicalisés. Comme si l’un des terroristes du Bataclan n’avait pas grandi à Wissembourg, dans le nord de l’Alsace, comme si, en mai dernier, une attaque au couteau perpétrée dans le quartier de l’Opéra à Paris n’avait pas été revendiquée par un ex-employé de la mairie de Schiltigheim devenu combattant de l’État islamique.

Un cas non isolé, selon le quotidien régional Les Dernières Nouvelles d’Alsace, qui a décrit, il y a quelques mois, la galaxie djihadiste alsacienne. Elle comprend une quarantaine de membres « connus », rien que dans le Bas-Rhin. Devant la presse, le maire de Strasbourg reconnaissait, mardi, que 10 % des fichés S à l’échelle nationale résidaient dans son département.

Strasbourg, on le voit, outre son titre de capitale de Noël, peut dorénavant se prévaloir également de celui de capitale de l’islam radical, une image qui lui collera à la peau tant que l’inaction politique persistera. La réalité aujourd’hui, c’est que le danger, ce sont les djihadistes et que ses adeptes sont laissés en liberté… et tuent… et vont tuer encore, beaucoup et toujours plus… à cause de gens qui refusent d’ouvrir les yeux. « Combien de morts faudra-t-il encore, se demande le président de Debout la France, avant de réagir efficacement ? Si le risque zéro n’existe pas, notre responsabilité est d’agir pour ne plus subir. La peur doit changer de camp ! »

Noël ne sera plus jamais comme avant, à Strasbourg. Sa cathédrale, ses touristes, son symbole européen et humaniste, son marché de Noël n’ont pas été choisis par hasard et semblent agir comme un aimant pour les terroristes. Dans les vidéos récupérées dans les projets d’attentat de 2000, rappelle Le Parisien, un djihadiste filmait la cathédrale de Strasbourg en disant Voici la cathédrale des ennemis de dieu » avant de s’arrêter sur la place Kléber, lieu où s’est déroulée l’attaque de mardi soir, au pied du grand sapin. « Voici les ennemis de Dieu. Ils dansent et semblent heureux. Si Dieu veut, ils rôtiront en enfer. »

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