Pour la première fois depuis mille ans, Rome et Moscou parlent d’une même voix

Etudiant en Histoire
 

Jour historique que ce jeudi 12 février 2016. Le pape François et le patriarche Cyrille de Moscou se sont rencontrés à Cuba, pour s’entretenir durant quelques heures. C’est la première fois que le chef de l’Église catholique rencontre un patriarche russe. Suite à cet entretien, une déclaration commune a été cosignée par les deux pontifes qui y développent leurs engagements communs et mettent l’accent sur le besoin d’unité entre chrétiens.

Environnement, Ukraine, Proche-Orient, lutte contre la pauvreté : aucun sujet n’aurait été éludé durant cet entretien, dont les deux hommes ont également profité pour faire connaissance.

Il ne s’agit pas de la première rencontre entre un pape et un patriarche orthodoxe. Ce serait oublier les diverses visites effectuées entre les Églises catholique et orthodoxe depuis Vatican II. C’est en effet lors des années 1960 que Paul VI et Athénagoras Ier de Constantinople levèrent l’excommunication réciproque de 1054.

Les deux hommes devaient se revoir à deux reprises: à Jérusalem en 1964, puis à Istanbul en 1967. Quant au pape François, il a déjà rencontré le patriarche Bartholomée de Constantinople en mai 2014, lors d’une visite en Terre sainte.

Il n’en demeure pas moins que ce jour est historique. Car si le primat de Constantinople jouit du titre de « patriarche œcuménique », il est plutôt un primus inter pares qu’un véritable chef de file. Ce n’est un secret pour personne que la Russie est le leader de l’orthodoxie, et que son patriarche a donc – dans les faits – un plus grand pouvoir que celui, tout symbolique, du patriarche de Constantinople.

Cela explique sans doute que plusieurs tentatives de rapprochement entre Rome et Moscou avortèrent dans les années 1990. En effet, au sein des deux Églises, il subsiste des prélats (parfois très haut placés) qui rechignent au rapprochement entre ces deux branches du christianisme. Mais le contexte international y fut sans doute pour beaucoup dans l’accélération de ce processus : face à la menace grandissante que le matérialisme nihiliste et l’islamisme fanatique font peser sur les chrétiens, les deux Églises ont sans doute jugé que le temps n’était plus aux querelles de chapelle et qu’une union (au moins spirituelle) s’imposait.

On ne peut savoir d’avance si ce moment de rencontre augure un renforcement des relations entre le Vatican et la Russie. Cette dernière cherche à sortir du relatif isolement dans lequel les crises syrienne et ukrainienne l’ont plongée ; avoir de bons rapports avec le Saint-Siège serait donc un atout majeur pour le Kremlin.

En tout cas, les deux hommes d’Église ont voulu marquer cette entrevue par un geste symbolique: c’est ainsi que le patriarche Cyrille a offert au pape une copie de l’icône de Kazan (l’une des plus vénérées de Russie) ; François, lui, a fait don au patriarche russe d’une patène et d’un calice en argent, symbole de la nécessaire communion des deux Églises.

Nicolas Kirkitadze
Etudiant en Histoire

Cet article vous a plu ?
Cliquez sur J'aime !

Recevez gratuitement nos articles !


AUJOURD'HUI SUR BOULEVARD VOLTAIRE

Les commentaires sur cette page sont fermés.