Secrétariat d’État à l’Égalité réelle : l’improbable CDD d’Ericka Bareigts

Journaliste, écrivain
 

Inutile de gloser davantage sur les intitulés fantaisistes de nos nouveaux ministères et secrétariats d’État : nos confrères s’en chargent assez bien. En revanche, il n’est pas interdit de se poser quelques questions. Quid du secrétariat d’État à l’Égalité réelle, à la tête duquel vient d’être propulsée Ericka Bareigts, député de La Réunion ?

Existerait-il, donc, une égalité « irréelle » et une autre qui le serait moins, ou ne le serait pas du tout ? Interrogée par Réunion Première, média ultramarin, Ericka Bareigts assure qu’il s’agit « de faire en sorte que nous puissions avoir l’égalité, quelle que soit notre origine sociale, notre race, notre couleur ou notre religion ». Fort bien. Nonobstant, il ne nous avait pas échappé que le vocable de « race » avait été banni, à la fois de nos dictionnaires et de notre Constitution. De quelle « race » parle-t-elle donc, alors ? De quelle « couleur », aussi… Celle de sa peau ou de sa petite culotte ?

Là où la donzelle n’a pas tort, c’est lorsqu’elle pointe les cruelles disparités économiques et sociales entre métropole et France du grand large : plus de 50 % de chômage en Réunion, ce n’est pas rien ; diagnostic qui peut aussi valoir pour Martinique et Guadeloupe. Pour ceux qui connaissent un peu ces contrées lointaines permettant, rappelons-le, à la France d’être le deuxième espace maritime au monde, là où le Soleil jamais ne se couche, quelques bémols s’imposent.

Oui, il y a de la pauvreté en ces confettis de France dispersés en cette vaste Terre. Mais la misère n’y est pas au rendez-vous : même dans les quartiers les plus déshérités de Fort-de-France (Martinique) ou de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), il y a cent fois moins de mendiants qu’à Paris… Contre cet état de fait, Jean-Luc Mélenchon estimait, en un français des plus approximatifs, que « les Outre-Mer subissaient un véritable apartheid social et sont victimes d’un mal-développement structurel ». Certes.

De son côté, et dans le périodique Vaucluse Avenir de Marion Maréchal-Le Pen, on lisait naguère ces quelques lignes : « Au-delà même de ces défis planétaires, force est d’avouer que cette France du lointain paraît bien lointaine… vue de métropole. Il y a ceux qui prétendent qu’elle nous “coûte cher”… À court terme, peut-être, quoique cela puisse encore évidemment se discuter ; mais, une fois sortis de cette logique de comptables, comment ne pas voir qu’il s’agit là d’investissements stratégiques à long terme ? Car c’est là que se nichent aussi les énergies du futur, un possible vivier alimentaire à venir, à condition toutefois d’exploiter cet immense gisement dans l’indispensable respect de l’environnement. »

Soit des considérations ayant l’air de passer bien au dessus de la tête d’une Ericka Bareigts, sûrement pleine de bonne volonté, persuadée qu’elle est de pouvoir « assurer une égalité économique entre les Outre-Mer et l’Hexagone ». Vaste programme, mais qui ne saurait se décréter sur l’heure et surtout lorsque le sien, de programme, consiste à rejoindre « très rapidement Paris pour se mettre en lien avec le cabinet du Premier ministre et avoir une réunion pour délimiter le champ de ses attributions et d’établir un planning des prochaines fois sur lesquelles elle aura à travailler », à en croire Les Échos de ce vendredi dernier. Autant dire que ses journées à venir ne devraient pas trop frôler la surchauffe.

Petit rappel historique : après le 10 mai 1981, fut créé un bidule assez étonnant, le ministère du Temps libre, dont l’éphémère André Henry eut la charge, jusqu’au remaniement ministériel de 1983. L’intitulé portait en lui ses propres limites et le ministère disparut dans l’indifférence générale.

Son actuel homologue de l’Égalité réelle pourrait bien suivre semblable chemin, tant tout ceci est indubitablement et « réellement » nigaud. La France ultramarine mérite décidément mieux.

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