Rumeur : et si François Hollande se représentait…

Journaliste, écrivain
 

La rumeur est une drogue douce, mais à fort pouvoir addictif. La rumeur est partout et nulle part à la fois. La rumeur, personne n’y croit mais tout le monde lui prête une oreille attentive avant de mieux la diffuser alentour, sachant qu’elle permet à tout un chacun de toiser de haut son voisin de table sur le thème : « Comment, tu ne savais pas… »

Bref, la rumeur, poison insidieux, est à la fois à la marge et au cœur de la vie politique : la liaison évoquée par certains d’ Emmanuel Macron avec Mathieu Gallet, ponte de l’audiovisuel public, et autres frasques du même ordre prêtées à Jack Lang. Soit deux rumeurs parfaitement infondées, mais dont la première a dû être publiquement démentie par le Macron à l’instant cité. C’est dire si la rumeur, même sans y croire, est toujours prise au sérieux.

La rumeur est souvent à caractère sexuel, mais également d’ordre politique, laquelle est généralement à prendre plus au sérieux. La dernière qui bruisse dans le Tout-Paris politico-médiatique ? Et si, au final, François Hollande se représentait à l’élection présidentielle ?

La première réaction, pour le clampin moyen, qu’il soit journaliste politique (ma pomme) ou simple lecteur (la vôtre), oscille entre incrédulité et hilarité devant une telle abracadabrantesque possibilité. Et pourtant, et ce, à y mieux réfléchir, une telle hypothèse ne serait pas forcément si foutraque…

En effet, si l’on résume l’actuel paysage politique, voilà qui sent bigrement le suicide collectif, façon Ordre du temple solaire ; vu du système politico-médiatique s’entend. Là où passe la Marine, l’eau ne repousse pas. Une droite emberlificotée dans les embrouilles d’un sacristain alpagué en train de piquer dans les troncs d’église. Et une gauche éparpillée aux quatre vents, vents contraires, parfois en forme de flatulences, il va sans dire.

Longtemps, François Hollande a théorisé son « trou de souris », soit le minuscule espace censé lui permettre de se refaire la cerise sur le dos de ses concurrents et héritiers putatifs.

Cet espace devenant une sorte de trou à rats, il a préféré se retirer ; c’était sage. Tout en conservant la main ; c’était logique.

En abandonnant officiellement la compétition, il intronisait officieusement Emmanuel Macron. Mais ce dernier devient de plus en plus incontrôlable et la situation de moins en moins tenable : « La colonisation, crime contre l’humanité » ? À ce titre, c’est la quasi-totalité des États constitués qu’il faudrait mettre au ban de l’humanité. Vaste programme, surtout lorsqu’il faudra aller chercher le vote des rapatriés d’Algérie, connus pour faire pluie et beau temps dans le sud de la France…

Ce n’est pas, non plus, par un Jean-Luc Mélenchon ou un Benoît Hamon qu’il faut chercher le salut de la gauche de gouvernement. En bon trotskiste, le premier a juré la mort de cette dernière ; quant au second, il n’a eu de cesse, en tant que premier des frondeurs, de la saper de l’intérieur. Du coup, la gauche, canal historique, c’est François Hollande, redoutable manœuvrier. Êtes-vous plus socialiste que lui ? Et s’il faisait don de sa personne à la France ? Et s’il en arrivait à guérir les écrouelles, tel que promis par Emmanuel Macron qui, à l’occasion, serait pour lui un assez bon Premier ministre ?

Donc, la rumeur court. Est passée par ici et repassera par là. Elle peut paraître dingue, mais quel événement échappe à la dinguerie ambiante, en ces temps d’inédites turbulences ? François Hollande est impopulaire ? Certes. Et même plus que Bachar el-Assad, qui n’a pas manqué de le lui rappeler, ce mercredi dernier, dans les principaux médias français. Et si Bachar tient toujours, à François, rien d’impossible ! Alors, rumeur ou pas rumeur ? Ce qui est sûr, c’est que cette Cinquième République finissante en aurait vu bien d’autres, et que tout cela a de quoi nous mettre de bonne rumeur…

AUJOURD'HUI SUR BOULEVARD VOLTAIRE

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