Photovoltaïque : Berlin tire dans le dos de Paris…

Journaliste, écrivain
 

Les technocrates européens et les penseurs libéraux – ce sont souvent les mêmes – négligent souvent ce fait majeur et récurrent : l’histoire est tragique. Et quand ce n’est pas la tragédie de la guerre à l’ancienne (chars, clairons et canons), c’est celle de l’économie ; champ d’honneur où ceux qui tombent sont les chômeurs et non point les soldats.

Ainsi la France est-elle de longue date en guerre contre les USA – voyez le conflit Airbus vs Boeing, ou celui de 2009, avec représailles américaines sur notre roquefort, après boycott de leur bœuf aux hormones…

Aujourd’hui, c’est la Chine. Au cœur du conflit, leurs panneaux photovoltaïques et notre pinard, patrimoine national s’il en est, et l’un de nos rares secteurs d’exportation à demeurer largement excédentaire.

Ces bidules solaires sont fabriqués à 71 % dans l’empire du Milieu ; les miettes étant réparties à proportion de 7 % pour l’Allemagne et le reste, à juste titre, tenu pour quantité négligeable.

Dans la vie, tout arrive ; même que les testicules puissent vous pousser durant la nuit. D’où le fait que François Hollande ait pu persuader les autorités européennes de taxer les panneaux photovoltaïques chinois à hauteur de 11,8 % d’ici juin, droits de douane qui pourraient s’élever à
47 % au mois d’août, faute d’accord avec Pékin.

Ce qui explique les menaces de représailles contre nos exportations de spiritueux ; lesquels supportent déjà 48 % de taxes. Juste histoire, pour les Chinois, de protéger leurs producteurs locaux. Nous évoquions plus haut cette guerre économique ne disant pas son nom : la riposte chinoise est effectivement de bonne guerre, ils ne font que défendre leurs intérêts… Et cette guerre, il est une évidence que la France ne peut la mener seule. Il lui faudrait le soutien sans faille de Bruxelles ? On a toujours le droit de rêver. Il serait impératif d’avoir celui de l’Allemagne ? Là, le rêve tourne au cauchemar. Philipp Rösler, le très libéral ministre allemand de l’Économie, estime que « la Commission a fait une grave erreur en taxant provisoirement les importations de panneaux solaires ». Ben tiens… En ces temps de mariage pour tous, il serait enfin temps de comprendre que le couple franco-allemand est en phase de divorce. D’ailleurs, chaque fois que la France a couché avec l’Allemagne, on a vu le résultat.

Il serait aussi temps de comprendre qui est vraiment Angela Merkel.

C’est, naguère, Le Figaro Magazine qui nous en disait un peu plus sur son passé. Prussienne, fille de pasteur et ayant longtemps biberonné au sein des Jeunesses communistes de la défunte RDA. Soit une guerrière pour laquelle, même de manière inconsciente, il convient de refaire le énième match retour contre la France. Soit une protestante n’ayant que mépris pour le monde catholique et latin. Soit une femme formatée par l’esprit de système de sa prime enfance.

Certes, elle défend mordicus les intérêts germains. Mais avec la même finesse qu’un Kaiser. Ses fleurons technologiques, machines-outils et bagnoles de luxe, elle ne peut plus les fourguer à ces pays méditerranéens qu’elle a contribué à mettre en faillite. Tout s’en va chez les nouveaux riches chinois. On comprend mieux, désormais, la réticence de ce vieux filou de François Mitterrand, rétif devant la réunification de notre puissant voisin. On comprend mieux encore celle d’un autre François, Mauriac, celui-là, qui affirmait « tellement aimer l’Allemagne » qu’il préférait encore « qu’il y en ait deux ».

Bref, nous en sommes là. En 2013 comme au début du siècle dernier. À ce détail près qu’à l’époque, la France était encore la France. Sauf que ce n’est plus notre cas, tandis que l’Allemagne, elle, est redevenue l’Allemagne. Mince ! Si même François Hollande s’en est rendu compte, tous les espoirs sont peut-être permis.

Nicolas Gauthier
Journaliste, écrivain
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