Quand Najat Vallaud-Belkacem veut censurer Cendrillon…

Journaliste, écrivain
 

S’il est un fait avéré par le vulgum pecus et les élites qui nous gouvernent, c’est évidemment que la France croule sous le bonheur. Nous étouffons d’un trop-plein de richesse et d’une débauche de plein emploi. Sans compter sur les finances de l’État, qui dégueulent de pognon.

Donc, il faut bien s’occuper, histoire de tuer le temps. Et le ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, s’occupe. Logique : l’école fatigue sous le poids de Prix Nobel en puissance et de latinistes distingués. La priorité consiste ainsi à toiletter les contes pour enfants, d’y extirper la moindre trace de sexisme ou de stéréotypes rétrogrades.

Dans la ligne de mire de cette nouvelle police de la pensée, un seul exemple au hasard : le Petit Chaperon rouge. Car le “le” est une “elle” ; bref une pimprenelle s’en allant taquiner “le” grand méchant loup à qui il ne faut pas en promettre. Alors, harcèlement sexuel ? Pédophilie en vue ? La gisquette qui se retrouve avec la jupe au-delà des oreilles ? Et si c’était un garçon, dans une version à venir ? “Un” petit chaperon rouge, par exemple. Ira-t-on en conclure pour autant que le grand méchant loup était un curé tripoteur ? Comme de toute façon, c’est “Mère-grand” qui passe ensuite à la casserole, on dira que le débat n’a pas lieu d’être.

Mais non… Car pour Najat Vallaud-Belkacem, faute d’apprendre à lire, écrire et compter à nos têtes plus ou moins blondes, il lui faut bien occuper ses journées. Hansel et Gretel ou Cendrillon, donc. Les deux premiers, garçon et fille – ouf ! la parité est au rendez-vous – sont kidnappés par une vilaine sorcière. Là, ça ne va plus du tout. Le “méchant” est une “méchante” doublée d’une femme au foyer : logique, une maison en pain d’épices, il y a bien fallu que bobonne turbine aux fourneaux pour construire la bicoque. Et les marmots, elle entend ensuite les bouffer… Que faire, alors ? Remplacer la marâtre par un homme, looké Village People avec string en cuir, bite à l’air et casquette de la Wehrmarcht, façon Freddy Mercury ?

Quant à Cendrillon, c’est pire encore. La souillon qui récure le carrelage tout en se faisant houspiller par les filles de la haute société, prête à donner son cœur contre une godasse ? Stéréotype de la femme battue, forcément battue. Sans compter sur le Petit Poucet, abandonné par un père n’ayant sûrement pas dû cotiser aux ASSEDIC, et oublié dans un lit où le papa hétérosexuel, blanc et mâle dominant, trombinait allègrement ses sept filles.

Oui, il faut que tout cela change ! Ces contes punks sont d’un autre âge. À propos d’âge, revenons-en à celui du siècle dernier et à l’un de ces plus augustes représentants, Pierre Gripari, écrivain pour enfants. Dans son sublime ouvrage, La Patrouille du conte, dans lequel il prévoyait déjà ces actuelles dingueries : « N’y a-t-il pas quelque danger à censurer de cette manière ce qui vient des profondeurs et du subconscient collectif ? La démocratisation n’est-elle pas une forme de refoulement ? Et l’égalitarisme une forme de la bigoterie ? »

Un quart de siècle après, on ne saurait mieux dire.

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