Manuel Valls : la guigne après la gagne ?

Journaliste, écrivain
 

Nos anciens savaient interpréter les signes envoyés par le destin, que ce soit dans les vols d’hirondelle ou ceux de la volaille socialiste. Manuel Valls, en la matière victime de la méthode de lecture globale, paraît ne plus y entraver que pouic.

À un jour de la primaire de la gauche et de ses proches environs, ses sondages sont plus qu’en berne. Il n’est, certes, pas facile de mener la course en tête quand cette même course n’a pas été même commencée : Alain Juppé en sait quelque chose. Mais là, c’est un peu comme si la scoumoune se mêlait de la partie.

Ainsi Manuel Valls devait-il donner un meeting ce lundi prochain, à Rennes, cornaqué en la circonstance par le très populaire ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian. Pas de chance : ce dernier vient de faire savoir qu’il était « retenu par des obligations ministérielles »… La petite sauterie devrait donc être reportée aux calendes celtiques.

Il est un fait qu’en terres bretonnes, Manuel Valls n’est pas forcément le bienvenu. Ministre de l’Intérieur, il fut l’une des bêtes noires des Bonnets rouges et des zadistes campant sur le futur chantier de l’aéroport de Notre-Dames-des-Landes ; soit autant de trublions n’ayant pas manqué de faire savoir qu’ils suivraient les meetings de l’ancien Premier ministre avec une attention des plus vétilleuses.

Dans le même temps, d’autres trublions. Ceux de La Manif pour tous et de ses épigones, Marcheurs et autres Veilleurs, qui n’ont pas oublié la sévérité avec laquelle ils furent traités lors des manifestations de ces dernières années. À ces derniers faudrait-il encore ajouter d’autres trublions, de gauche comme de droite, les amateurs de l’humoriste Dieudonné que Manuel Valls se faisait fort de jeter en prison.

Sans compter d’autres personnes n’ayant pas oublié la fameuse sortie du candidat à la candidature, relative à l’État hébreu, et prononcée le 28 novembre 2012, lors du Gala annuel de soutien à Radio J, où il assurait l’assistance de son « engagement absolu pour Israël ». Pour un Français de fraîche date, il aurait sûrement été plus pertinent de faire preuve du même « engagement absolu » vis-à-vis de la France. Enfin, nous, ce que l’on en dit…

Voilà qui fait tout de même beaucoup pour un seul homme.

Ou un homme de plus en plus seul, serions-nous tenté d’ajouter. Benoît Hamon, sorte de François Fillon socialiste, crée la surprise dans les sondages. Pis : il est l’un des rares pour lesquels François Hollande, décidément peu avare de confidences faites aux journalistes, fasse preuve d’un semblant d’estime et de considération. Au même titre que Martine Aubry, d’ailleurs, qui affirme : « Ce qui m’a toujours frappée, chez Benoît, c’est qu’il comprend bien la société. […] Nous avons très bien travaillé ensemble, et en plus, il a de l’humour, ne se prend pas au sérieux. Il a pris de la maturité, et son parcours est cohérent. »

Ce qui peut signifier, en creux, que Manuel Valls ne comprendrait rien à la société, qu’il n’aurait pas d’humour, que son parcours serait incohérent et qu’il ne serait pas agréable de travailler avec lui. Martine Aubry devait donner sa préférence à l’approche de cette primaire. Ce ne sera que partie remise.

En effet, elle s’apprête à subir une intervention chirurgicale pour des problèmes de dos récurrents. Contretemps qui devrait l’immobiliser pour les six semaines à venir. Une façon plus ou moins délicate de signifier que, lorsqu’on en a plein le dos, on préfère encore se faire porter pâle.

Et encore un possible soutien de moins pour Manuel Valls. Que faire, devant une telle dégoulinante ? On se triture le cervelet à pleines mains chez Manuel Valls et son entourage.

Attendre l’éventuel soutien de Jacques Cheminade ? Au point où Manuel Valls en est, aucune hypothèse n’est à écarter.

AUJOURD'HUI SUR BOULEVARD VOLTAIRE

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