Lycée Averroès ou l’excellence franco-musulmane

Journaliste, écrivain
 

100 % de réussite au bac dont 70 % de mentions. 62 % d’élèves boursiers issus des milieux les plus modestes. Une discipline de fer. On se lève quand le professeur arrive en classe. Et trois retards, même minimes, valent une heure de colle. Sommes-nous à Louis le Grand ou à Henri IV ? Non, au lycée Averroès, premier lycée musulman de France à être sous contrat avec l’État, fondé il y a dix ans et qui caracole aujourd’hui en bonne compagnie, celle des 131 meilleurs lycées de France.

Ajoutons que cet établissement, situé dans les quartiers sensibles de Lille, ne connaît ni délinquance, ni violence, ni racket. « L’encre du savant est préférable au sang du martyr », lit-on dans le Coran. L’adage est ici mis en pratique. Cité par Le Parisien, Éric Dufour, professeur de français converti à l’islam, confirme : « La religion musulmane a un impact sur la soif de connaissance et la motivation des lycéens, il y a une obligation dans le Coran à être curieux. » Point besoin d’être musulman pour y être admis, car seul compte le souci d’excellence. Et son président, Amar Lasfar de confier au même quotidien : « Quand on aura 50 % d’élèves musulmans et 50 % de non-musulmans, j’aurai réussi mon coup ! »

Il n’y a pas si longtemps, les familles juives et musulmanes désireuses de donner la meilleure éducation à leurs enfants les inscrivaient volontiers dans les écoles catholiques. C’est encore vrai, mais l’offre, manifestement, s’élargit ; signe de la progressive assimilation de nos compatriotes musulmans – même s’il demeure encore beaucoup à accomplir… Finalement, cette réjouissante nouvelle répond aux vœux de notre confrère Yacine Zerkoun qui, dans sa contribution à ce site, écrivait ceci :

Ces dernières années, nous avons vu l’émergence de musulmans patriotes, comme s’il s’agissait d’un genre nouveau, d’une espèce inédite. Que s’est-il passé ? Rien, sinon que les Français de confession musulmane, après des décennies de refoulement, ont soudain pu exprimer leur rapport charnel à la patrie, leur amour de la France. Prions pour qu’il y en ait davantage qui sautent le pas.

Pas que le lycée Averroès a franchi, façon triple saut…

Bien sûr, cela n’arrange en rien le minable bizness des prophètes de malheur, ceux qui estiment que nos malheurs contemporains nous viennent des musulmans, à la traîne de leur devanciers, assurés que les maux du vaste monde étaient imputables aux juifs. Là encore faut-il savoir ce que l’on veut. Appeler à la concorde de tous les Français ? Ou à une de ces guerres civiles qui, tel que chacun sait, n’accouchent généralement que de vaincus ?

D’ailleurs, quand un lycée musulman veut prodiguer son excellence universitaire au-delà de sa communauté, il ne fait que rendre la politesse à ces écoles chrétiennes dans lesquelles étaient formées les élites ottomanes de jadis, écoles qui, aujourd’hui encore, accueillent les enfants musulmans de Bagdad et de Téhéran. Et qui, même dans l’enfer de Gaza, continuent d’instruire ceux des cadres du Hamas.

Car ce n’est pas dans les écoles des croyants qu’on enseigne la théorie du genre ni cette morale laïque des temps nouveaux, fondée sur la haine de soi et l’antiracisme de bazar. On y apprend la morale tout court, celle de ce Décalogue légué par les juifs, et que chrétiens et musulmans ont faite leur. La morale universelle, tout simplement. Celle qui tend à unir et non point à diviser. Tout cela mérite amplement d’être médité.

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