Jean-Luc Mélenchon : « Que les banquiers aient pitié du FN ! »

Journaliste, écrivain
 

On le sait, Marine Le Pen est à la peine pour financer sa campagne présidentielle. Pour les banques françaises, c’est niet. Pour les banques russes, c’est un poil plus compliqué, et des établissements plus exotiques, n’y pensons même pas. Bref, nada, hormis les sous de papa.

Il y a quelques mois, Jean-Luc Mélenchon peinait à rassembler ses cinq cents fichues signatures. Marine Le Pen lui proposait alors un coup de pouce. Aujourd’hui, petit coup de main mélenchoniste à la candidature lepéniste : « Ou bien le Front national est interdit comme un parti dangereux pour la démocratie, ou bien c’est un parti qui a des élus comme les autres… » Mieux, la Méluche persiste et signe devant ce manque d’argent : « Il n’y a pas de raison, pour un banquier, de faire de l’ostracisme » ; et de dire aux banquiers : « Ayez pitié du FN ! »

Du coup, les médias mainstream s’interrogent. Comment ? Pourquoi ? For what? Because que, tout simplement, ces mêmes médias dominants sont désormais tous des Hibernatus des temps contemporains, bloqués qu’ils sont dans leurs schémas de naguère, incapables de voir que la plus grande porosité électorale concerne désormais deux Fronts, l’un national et l’autre de gauche, et qu’entre la France d’en haut et celle d’en bas, les lignes de fracture ne passent plus, depuis belle lurette, entre gauche et droite.

Certes, sur les plateaux, ces deux volatiles peuvent se lancer des noms d’oiseaux, mais il n’empêche qu’en coulisses… Oui, en coulisses, elle et lui se parlent, ne manquant pas de points communs : il veut faire bouger la gauche ; elle entend bousculer le parti l’ayant vu naître. D’ailleurs, ils ne manquent pas de connaissances communes : Patrick Buisson et Éric Zemmour entretiennent des relations amicales avec l’ancien sénateur trotskiste – oxymore des plus délicieux –, tandis que ces deux trublions médiatiques sont tout, hormis des anti-lepénistes militants.

Je t’aime moi non plus ? Non. Ce qui n’empêche que l’un puisse rendre hommage à l’autre. Ainsi, sur les ondes de RTL à propos de Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon : « Marine Le Pen a du talent. Elle va y arriver, en 2017.

[…] Pourquoi va-t-elle y arriver ? Parce que la société est en train de se vider de l’intérieur. Parce que la société est en train de se diriger vers le point “qu’ils s’en aillent tous”, un point au-delà duquel tout saute en même temps… »

Plus intéressant encore, cette autre sortie mélenchoniste, prononcée à la même occasion : « Madame Le Pen récite des morceaux entiers de notre programme [ou le contraire, NDLR]. Leur ligne, c’est d’occuper l’espace politique de la gauche, car l’espace politique de la gauche, c’est le peuple, tandis que le problème de la droite, c’est le peuple… »

Pas de chance pour Jean-Luc Mélenchon, c’est que Marine Le Pen n’en finit plus d’inverser l’ordre de ce viatique des plus sommaires, sachant que le parti des ouvriers, des invisibles, des pauvres, des jeunes et des chômeurs est en train de changer de front. Ce qui peut aussi expliquer pourquoi l’un fuit comme la peste une hypothétique union des gauches, alors que l’une tient celle des droites pour « fantasme ».

Ce point commun, pourtant : le peuple. Pas un peuple fantasmé, mais un peuple réel, pour lequel la nation – Jaurès dixit – demeure le bien ultime quand tout lui a été retiré.

Un tel trait d’union étonne certains éditorialistes. L’auteur de ces lignes s’étonne, lui, qu’on puisse s’étonner de cet état de fait, si simple à appréhender, pour peu de ne pas se conduire, une nouvelle fois, en Hibernatus. Les temps changent, bien évidemment, mais les fondamentaux politiques, non.

Jean-Luc l’a compris ; Marine aussi. Pas d’alliés à gauche, bien sûr ; mais encore moins de faux amis à droite. Au peuple de trancher, donc. Si c’est encore possible. Ce sera l’un des enjeux majeurs de la prochaine échéance présidentielle.

AUJOURD'HUI SUR BOULEVARD VOLTAIRE

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