Grand jeu Amnesty International : qui veut gagner des réfugiés ?

Journaliste, écrivain
 

Comment devenir un héros des temps modernes à peu de frais ? Sauver à la fois la planète et son prochain ? Et surtout, se comporter en figure christique en une époque singulièrement déchristianisée (n’est pas Emmanuel Macron qui veut) ? Très simple, mon frère : il suffit de concourir au dernier jeu organisé par Amnesty International, « Concours : vos talents pour les réfugiés ».

Allez, grand fou, toi aussi peux être un héros, même si là, ça barbote un peu dans le grand flou. « Réfugié » ? « Migrant » ? « Demandeur d’asile » ? Allons-y pour la première de ces possibilités. Pas très clair, mais plus on est de flous…

Il s’agit donc de « mobiliser tout votre talent pour promouvoir une France accueillante et solidaire », sachant qu’il « est essentiel que toute la France soit solidaire et accueille plus de réfugiés »… Et pour ceux qui n’auraient pas bien compris le message, Amnesty International ajoute : « Utilisez votre talent pour imaginer de nouvelles manières d’interpeller les pouvoirs publics (maires, députés, président de la République) pour qu’ils s’engagent à accueillir plus de réfugiés et qu’ils leur permettent de vivre en sécurité et de reconstruire un avenir. »

De quoi s’agit-il, en fait ? D’un simple concours, d’une sorte de radio-crochet : « Pour concourir, vous devez réaliser une création dans le mode d’expression qui vous correspond le plus : vidéo, photo, texte, musique, peinture, sculpture… » À l’heure où ces lignes seront bientôt mises… en ligne, nul ne sait si d’autres artistes, tels que contorsionnistes politiques, sondeurs, sans évidemment oublier les pétomanes, seront conviés à cette fête de l’esprit.

En revanche, si la sélection est honnie dès la maternelle, chez Amnesty International, on ne rigole pas avec l’élitisme. Ainsi, « les créations retenues doivent répondre aux critères suivants ». Hardi, les gars et en rangs par deux, petit doigt sur la couture du pantalon.

Salut aux officiers et toutes ces sortes de choses. Petit un : le bidule doit « être issu d’un travail commun avec des personnes réfugiées ou demandeuses d’asile ». Petit deux, le machin doit « avoir pour objet d’appuyer la demande aux autorités françaises (nationales ou locales) d’accueil et de protéger plus de réfugiés en France ». Ça, c’est des fois qu’on n’aurait toujours pas intégré le concept. Petit trois : le truc doit « expliquer les raisons pour lesquelles la France devrait protéger et accueillir plus de réfugiés ». Là, c’est vraiment histoire de faire comprendre à ceux qui feraient mine de ne pas comprendre.

Heureusement, ceux qui se seront distingués en violant la loi, tout en dénonçant ceux qui sont plus ou moins chargés de la faire respecter, seront récompensés. Ainsi, « les gagnants verront leur œuvre intégrée à la campagne “Welcome!” Ils auront la chance de participer au campus d’été d’Amnesty International France, un événement festif autour des droits humains, au cours duquel ils présenteront leur œuvre. Les gagnants recevront également un an d’abonnement à La Chronique d’Amnesty International, le magazine des droits humains… »

Putain, la purge… Pire que les soirées de feu de camp avec les curés et les louveteaux… Et pourquoi pas un abonnement annuel à Fripounet et Marisette, tant qu’ils y sont ? Dans la même dimension apocalyptique, un « prix jeune récompensera les gagnants de moins de 25 ans », à hauteur d’un « Pass trois jours à Solidays 2017 »… Pauvres gosses, une fête paroissiale de plus…

Pauvres réfugiés, aussi… Participez au grand jeu d’Amnesty International : deux pour le prix d’un, et le troisième est gratuit !

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